Vous semblez croire fermement que votre plan inutile gardera nos enfants en sécurité

SUSAN MINTZBERG SUSAN MINTZBERG
Doctorante en travail social à l'Université McGill

Veuillez accepter cette invitation ouverte à tenir des réunions du cabinet ou toute autre discussion liée à la COVID-19, de 8 h 30 à 15 h, dans la salle de classe de mon fils à l’école secondaire.

Nous vous fournirons des tabourets en bois et trois tables qui peuvent accueillir jusqu’à 12 personnes si vous vous collez les uns contre les autres. Je conviens que les classes sont généralement équipées de pupitres individuels et de chaises, mais compte tenu des circonstances de cette rentrée, j’espère que vous comprendrez sans difficulté qu’on doit maintenant considérer la classe d’arts plastiques comme une salle de classe à part entière.

Pour compenser tout inconfort, vous serez heureux d’apprendre que, contrairement aux précautions de santé publique en vigueur dans d’autres installations intérieures dans la province, dans cet espace pédagogique confiné, il n’est pas nécessaire de porter un masque, de respecter une distanciation sociale ni de se préoccuper de tout problème de santé sous-jacent (outre une trachéotomie pour laquelle vous pouvez recevoir une exemption, si vous avez accès à un médecin de famille qui acceptera de vous rédiger une note).

Soyez certains que la qualité de l’air dans cette salle sera satisfaisante, puisque les fenêtres resteront ouvertes en tout temps. Il est toutefois recommandé d’apporter un chandail ou un t-shirt léger en fonction de la température extérieure. Si vous préférez éviter les courants d’air, le soleil direct, l’air frais ou une exposition à la chaleur en raison des fenêtres ouvertes, veuillez simplement nous en informer avant la réunion puisque nous pouvons aisément vous trouver une salle sans fenêtres ou avec des fenêtres clouées en place en permanence.

Sachez que les personnes de ce groupe présentes à ces réunions quotidiennes seront maintenant considérées comme faisant partie d’une bulle. Nul besoin de vous demander comment une bulle peut compter plus d’une trentaine de personnes qui rentrent chacune chez elle à la fin de la journée.

Nul besoin non plus de s’inquiéter de rencontrer des amis (jusqu’à une dizaine à la fois), d’aller voir un film ou un spectacle (avec jusqu’à 250 personnes), de pratiquer des activités parascolaires, sportives ou autres, ou d’habiter avec des membres vulnérables de la famille comme des personnes âgées ou d’autres dont la santé est précaire, puisque chaque jour, vous retrouverez la sécurité de votre classe bulle.

S’il advenait qu’un membre de votre bulle tousse, éternue, fasse de la fièvre, ait mal au ventre, perde l’odorat, ait les orteils bleus ou présente tout autre symptôme de maladie, avertissez sans tarder un membre du personnel. Il fera de son mieux pour tenter de trouver une réponse précise concernant les procédures à suivre. Cela requerra probablement de mettre la personne touchée en isolement dans une salle de l’école, suivi de 10 ou 14 jours de quarantaine pour cette personne et(ou) sa famille tout entière, et(ou) l’ensemble du groupe et(ou) l’école au grand complet. Comme les consignes de la santé publique peuvent s’avérer déconcertantes, nous vous demandons d’être prêts à tout, y compris tout le contraire des recommandations d’origine.

Il convient de noter que malgré toute confusion, les fonctionnaires chargés de ces décisions au sommet devront toujours croire qu’ils agissent dans votre plus grand intérêt, et du coup, toute frustration que vous pourriez ressentir devrait être reportée sur le personnel de l’école qui fait de son mieux pour mettre en œuvre ce plan impossible.

J’espère et je compte que cette offre généreuse sera bien reçue, considérant les efforts déployés et la réflexion consacrée à l’élaboration d’une telle stratégie permettant de s’assurer que tout le monde est en sécurité tandis que vous tenez vos réunions quotidiennes.

Sachez que si vous hésitez à accepter cette invitation, il n’existe aucune option de rechange (à moins que vous n’ayez décidé de démissionner et de devenir travailleur autonome). Toute question soulevée doit vous être adressée. Cependant, n’ayez pas trop d’attentes, puisque vous semblez croire fermement que ce plan inutile gardera nos enfants en sécurité. Par conséquent, les préoccupations et les contestations sont accueillies avec indifférence.