La scène se déroule à deux pas du plus gros moteur économique du Québec, le port de Montréal. Paradoxe tragicomique. Paysage quotidien d’Hochelaga.

Catheryn Roy-Goyette
Catheryn Roy-Goyette Résidante d’Hochelaga

Depuis plusieurs semaines, on assiste au défilé d’indignation devant le campement Notre-Dame. Tout le monde en va de sa note alors qu’aucun logement ne se dessine devant les principaux intéressés. On en est campé sur la stérile question du démantèlement alors que le cœur du problème n’a pas même été effleuré. Pourquoi ces gens sont-ils réduits à la rue ? Pourquoi d’autres viennent s’y rajouter chaque jour ? Pourquoi les logements se font rares et chers devant eux, elles et des milliers d’autres qui n’ont pas encore rejoint leur rang, mais qui sont dans le cadre de porte ?

Alors que tous les signes de l’arrivée imminente d’une crise du logement sont présents depuis quelques années, permettez-moi d’être amusée par la soudaine indignation collective. Pendant que des tours entières de condos neufs sont vides au centre-ville, on galère pour accueillir des gens dans nos arénas. Et bien que les refuges d’urgence soient nécessaires, ils ne peuvent être envisagés comme une solution durable.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, deux projets de plusieurs dizaines de chambres à quelques coins de rue de là sont actuellement bloqués faute de fonds pour rénover les immeubles. Au moins assez pour loger la moitié du campement. L’un deux l’est depuis plus de quatre ans.

La responsabilité du logement, elle appartient aux personnes, aux voisins, aux villes, mais surtout aux gouvernements du Québec et du Canada. Il est ironique qu’ils soient les deux grands absents du campement Notre-Dame, alors qu’ils étaient si vocaux il y a quelques semaines quand la crise concernait le port de Montréal.

Alors qu’on tergiverse encore sur l’avenir du campement, seule la Ville est actuellement interpellée. Aucune responsabilité n’est prise, ni par Québec ni par Ottawa. Pas l’ombre d’un ministre. Pas l’ombre d’un intérêt.

La froide logique qu’aucun gain politique n’est à faire avec des gens qui n’ont rien.

Devant la crise du logement des années 2000, nos gouvernements ont répondu avec des plasters. Maintenant, le vase déborde. Le manque chronique de financement pour construire suffisamment de logements accessibles à la majorité de la population ne peut plus être nié.

Quand une communauté s’effondre, elle se réorganise.

C’est ce qu’Hochelaga est encore une fois en train de démontrer.

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