Le déboulonnement de la statue de John A. Macdonald n’est ni un acte noble ni un acte de résistance, mais une invitation à ne plus penser l’histoire.

Antoine Dionne charest Antoine Dionne charest
Doctorant en philosophie à l'Université de Montréal

Qui est John A. Macdonald ? Macdonald fut le premier premier ministre du Canada. Il joua un rôle crucial lors des négociations qui menèrent à l’adoption de la Loi constitutionnelle de 1867.

Avec George-Étienne Cartier, il est un des pères fondateurs du cadre juridique et constitutionnel canadien. C’est notamment grâce à lui que nous vivons dans une démocratie parlementaire, un État de droit et un régime fédéral. Comme le dit son biographe Richard Gwyn, sans Macdonald, le Canada n’existerait pas.

À bien des égards, Macdonald incarne l’idéal canadien : à savoir un pays biculturel et fondé sur des institutions libres et démocratiques. Un pays où des personnes qui ne partagent ni la même langue ni la même foi peuvent néanmoins entreprendre un projet politique commun.

Il y a également un côté sombre chez Macdonald, car c’est sous son autorité qu’on déplaça les Métis de leur territoire, qu’on pendit Louis Riel et qu’on commit de nombreuses injustices envers les peuples autochtones. Injustices dont les séquelles se font encore sentir aujourd’hui.

Ce côté sombre montre que Macdonald ne fut pas totalement fidèle à l’idéal qu’il portait. Il convient de le dire, de l’enseigner et de faire en sorte que la réconciliation entre la société canadienne et les peuples autochtones se réalise.

Mais cela ne justifie pas qu’on déboulonne sa statue, encore moins l’ambivalence de certains à condamner ce geste. Macdonald n’est pas une personnalité historique parmi d’autres : il est, redisons-le, un des pères fondateurs du Canada et notre premier premier ministre.

On peut très bien distinguer les bons comme les mauvais côtés de son héritage, sans pour autant supprimer sa présence de l’espace public.

S’il fallait imposer un examen de pureté morale aux personnalités historiques, il est fort à parier que la majorité d’entre elles échoueraient à un tel examen, tout comme la majorité de leurs évaluateurs.

Jugements anachroniques

Avant de porter un jugement moral sur une personnalité historique, encore faut-il se donner la peine de comprendre le contexte moral et politique de l’époque où vivait celle-ci. Sinon, on se condamne à porter des jugements anachroniques.

Quand on invite les citoyens à rejeter en bloc l’histoire d’un homme qui joua un rôle clé dans l’instauration de la démocratie parlementaire et de l’État de droit au Canada, on invite ces derniers à ne plus penser l’histoire.

On les invite à adopter une posture présentiste : c’est-à-dire à porter des jugements catégoriques et sans appel sur des personnalités historiques, même si de tels jugements reposent sur des faussetés ou des demi-vérités.

C’est ce qu’a fait le gouvernement fédéral lorsqu’il annonça que les bureaux du premier ministre, le bâtiment Langevin, ne porterait plus ce nom, car Louis-Hector Langevin, un autre père fondateur du pays, aurait été, semble-t-il, un des architectes des pensionnats autochtones.

Le problème est que les fonctionnaires chargés de rédiger une note sur le rôle de Langevin dans l’élaboration des pensionnats autochtones ont été incapables de trouver des preuves attestant d’un tel rôle. Ils insistent plutôt sur l’opposition de Langevin à la pendaison de Louis Riel.

Ce fut le gouvernement Macdonald qui en fut responsable et, plus exactement, la majorité des députés du Parlement fédéral de l’époque.

Que devrait-on faire alors ? Effacer le visage de Macdonald de nos billets de banque ? Déboulonner le Parlement du Canada ?

Ces gestes n’encouragent ni le dialogue ni la réconciliation et encore moins le combat contre le racisme, mais plutôt une surenchère victimaire dans laquelle tout le monde est perdant.

Si le comportement de Macdonald ne fut pas toujours exemplaire, il portait néanmoins un idéal qui, lui, était noble. Cela devrait être une raison suffisante pour ériger une statue en sa mémoire.