Le 17 août, nous avons réuni des experts des domaines de la santé, de l’éducation et de l’économie lors d’un webinaire afin de discuter en personne des avantages et des défis liés au retour des enfants à l’école cet automne. Voici ce que nous avons découvert.

Patrick Leblond et Jennifer Wallner
Respectivement professeur agrégé en affaires publiques et internationales et professeure agrégée en administration publique, Université d’Ottawa*

La réouverture des écoles pour l’enseignement en personne nous concerne tous ! La seule façon pour que le retour des enfants à l’école soit un succès et ainsi éviter de nous voir tous confinés à nouveau est que la transmission communautaire reste faible.

Pour ce faire, les gouvernements (fédéral et provinciaux), les entreprises, les municipalités, les conseils scolaires, etc. doivent travailler ensemble et coordonner leurs actions. Les écoles et les familles ne peuvent pas faire du retour à l’école un succès si elles sont laissées à elles-mêmes.

Prenons un exemple simple mais important : les parents qui n’ont pas de congés payés par leur employeur ou le gouvernement et qui n’ont pas les moyens de rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants avec des symptômes de la COVID-19 risquent de les envoyer à l’école de toute façon, au risque de transmettre le coronavirus aux autres élèves. Le même problème se pose pour le personnel éducatif de soutien et les enseignants occasionnels, qui n’ont généralement pas de congés de maladie payés (ils risquent aussi de se présenter à l’école même s’ils ne se sentent pas bien, en espérant qu’ils ont juste un rhume ou la grippe habituelle).

Les écoles peuvent limiter les dégâts en créant des « bulles » isolées (à condition qu’elles en aient les moyens) où les autorités de santé publique peuvent retracer et tester rapidement les gens qui sont à risque d’être infectés. Mais ne serait-il pas préférable d’éviter un tel scénario dès le départ ?

Les congés de maladie payés ne sont toutefois pas sans coût. Les entreprises et les gouvernements doivent déterminer qui paiera quel montant et pendant combien de temps.

La question du partage des coûts s’applique également à d’autres enjeux qui ne sont pas directement liés à la réouverture des écoles. Par exemple, que faire des entreprises (par exemple, les bars, les restaurants, les boîtes de nuit, les théâtres, les compagnies aériennes, etc.) qui doivent limiter leurs activités pour éviter la transmission communautaire ? Faut-il les aider financièrement ou les laisser à elles-mêmes au risque qu’elles fassent faillite ? Et si on décide de les aider, qui paie, quels montants et pour combien de temps ?

Les réponses à ces questions ne peuvent venir que si toutes les parties prenantes travaillent ensemble à planifier et coordonner leurs actions en réponse à la pandémie. Une telle collaboration contribuerait grandement à réduire l’incertitude entourant la pandémie et le retour à l’école de nos enfants.

Un faux choix

Compte tenu des difficultés liées à la réouverture des écoles, pourquoi ne pas simplement garder les enfants à la maison et leur enseigner en ligne ? Ne serait-ce pas un meilleur moyen de maintenir la courbe à plat et de permettre à l’économie de continuer à se redresser ?

Cette question pose un faux choix parce que garder les enfants à la maison n’est tout simplement pas possible pour une grande partie des familles, et ce, pour des raisons financières.

Et même pour celles qui pourraient garder leurs enfants à la maison, cela n’est pas sans coût. Lorsque les parents restent à la maison, cela coûte cher à la population active canadienne, qui perd des travailleurs productifs – des femmes pour la plupart – si ceux-ci décident d’abandonner leur emploi et leur carrière pour s’occuper de leurs enfants. Dans de nombreux secteurs, la main-d’œuvre est déjà difficile à trouver.

Cela coûte également cher à nos enfants, qui reçoivent une éducation de moindre qualité puisque l’enseignement en ligne n’est pas aussi efficace que l’enseignement en personne (il faut encore beaucoup de travail et d’investissement pour accroître cette efficacité). Le fait de rester à la maison affecte également le développement social de nos enfants ainsi que leur santé mentale. Ces coûts immédiats auront des effets à long terme sur notre société et notre économie.

Enfin, les coûts de garder les enfants à la maison ne sont pas assumés de manière égale. Ils aggravent les inégalités existantes, comme le premier confinement l’a déjà démontré.

Non seulement les familles à faibles revenus ne peuvent pas se permettre de garder leurs enfants à la maison, mais elles ne peuvent pas non plus fournir les ressources nécessaires à la scolarisation en ligne : ordinateurs ou tablettes, internet à haut débit, espaces calmes pour étudier, temps des parents pour superviser et coordonner les devoirs ainsi que pour résoudre les problèmes liés à l’informatique.

Les écoles doivent donc rouvrir afin que nos enfants soient éduqués en personne par leurs enseignants et les professionnels de soutien. Cela doit se faire de manière à ce que les écoles soient des environnements sûrs et sains pour les élèves et le personnel.

Les gouvernements provinciaux, les conseils scolaires et les écoles de tout le pays ont maintenant annoncé leurs plans de retour à l’école. Nous découvrirons rapidement ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Par conséquent, nous devons être prêts à partager les informations et les idées, à apprendre les uns des autres et à adapter les plans pour adopter rapidement les pratiques efficaces et abandonner celles qui ne fonctionnent pas.

Le défi le plus important pour tous au cours des prochains mois sera de veiller à ce que nous ne nous retrouvions pas à nouveau confinés à la suite du retour des enfants à l’école, comme cela a été le cas dans d’autres pays. Ce défi national ne peut pas être laissé qu’aux écoles et aux familles. Nous devons tous y apporter notre contribution, pour le bien d’une société saine, prospère et égalitaire.

*Patrick Leblond est titulaire de la chaire CN-Paul M. Tellier en entreprises et politiques publiques et Jennifer Wallner est titulaire de la chaire de recherche Jean-Luc Pépin en politique canadienne, Université d’Ottawa