C’est avec consternation que nous avons appris le licenciement de l’ensemble du personnel chargé de la conservation des archives et des biens patrimoniaux de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Cette décision met directement en danger l’une des plus remarquables collections patrimoniales témoignant de l’histoire de Montréal et du Québec.

Mélanie Lanouette
Mélanie Lanouette Présidente de la Société canadienne d’histoire de l’Église catholique, et sept autres signataires*

En interrompant un processus de collectionnement qui ancre ses racines dans la période coloniale, elle nuira au développement de la recherche scientifique. En empêchant la mise en valeur pour les générations futures d’un pan entier de la culture matérielle et immatérielle d’ici, c’est une large partie de l’histoire de la société québécoise qui risque de sombrer dans l’oubli.

Il faut se rappeler que la culture a le pouvoir de transformer les sociétés. L’histoire du Québec est particulièrement marquée par les manifestations culturelles liées à son héritage catholique et les archives sulpiciennes en témoignent. La Compagnie de Saint-Sulpice s’inscrit dans cette histoire depuis 1657. Anciens seigneurs de l’île de Montréal, ils ont contribué à marquer le paysage par de nombreux édifices comme la basilique Notre-Dame de Montréal, le Vieux séminaire de Saint-Sulpice ou le Séminaire de Montréal. Leur contribution est au fondement de l’identité montréalaise et québécoise ; elle constitue une source de fierté pour toutes les Québécoises et tous les Québécois.

Les fonds d’archives, de même que les artefacts conservés dans ce qu’on appelait encore tout récemment l’Univers culturel Saint-Sulpice, font partie intégrante de cet héritage. Dans une société ouverte, inclusive et pluraliste, ce patrimoine participe à la construction du vivre-ensemble.

Plus largement, le cas des fonds sulpiciens doit aussi nous alerter sur le sort réservé aux archives des autres congrégations religieuses, lesquelles constituent une des plus importantes sources pour l’histoire de la société québécoise.

S’il importe de trouver rapidement une solution pour assurer la conservation du patrimoine des Sulpiciens, nous pensons qu’il est tout aussi crucial de conduire une réflexion structurée, sur le plan national, pour trouver des solutions garantissant la préservation des archives des congrégations religieuses qui n’ont plus les moyens de les conserver dans de bonnes conditions et de les mettre à la disposition du public.

Nous sommes profondément convaincus qu’une culture ne peut s’épanouir ni se développer sans pérenniser son patrimoine. La société québécoise n’échappe pas à cette loi commune. Par conséquent, nous souhaitons vivement que les parties prenantes se mobilisent rapidement pour trouver des solutions pérennes permettant d’assurer le maintien des collections des Sulpiciens dans des conditions adéquates de préservation, ainsi que leur diffusion auprès de la communauté scientifique, mais aussi de l’ensemble des Québécois. Un dialogue fondé sur le respect de la réalité sulpicienne, mais aussi ouvert à l’idée d’une participation de l’État dans la protection de ces biens, pourra conduire, nous en sommes certains, à des résultats durables, inclusifs et équitables.

Par cette lettre, nous, les membres du conseil d’administration de la Société canadienne d’histoire de l’Église catholique (SCHEC), souhaitons unir nos voix à toutes celles qui ont été entendues jusqu’à maintenant pour témoigner de nos inquiétudes et appeler à une solution à long terme qui permettra au patrimoine sulpicien de continuer à rayonner dans l’espace québécois, tout en ouvrant la voie à une réflexion structurante et élargie sur le sort réservé aux archives des congrégations religieuses au Québec.

* Cosignataires, membres du conseil d’administration de la Société canadienne d’histoire de l’Église catholique : Michel Dahan, Éric Desautels, Emilie Girard, Dominique Laperle, Sébastien Lecompte-Ducharme, Mylène Laurendeau et Philippe Roy-Lysencourt