La tenue des conventions des deux grands partis politiques aux États-Unis marque formellement le début de la campagne à la présidence. Démocrates et républicains officialisent leur ticket en vue de l’élection du 3 novembre.

John Parisella
John Parisella Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Ces grands rassemblements sont l’occasion idéale pour rallier les militants autour des colistiers susceptibles de devenir président et vice-président des États-Unis.

Cette semaine, les démocrates confirment le duo Joe Biden-Kamala Harris, qui affrontera le président Donald Trump et son vice-président, Mike Pence.

Au fil des ans, ces choix sont devenus une formalité. Ils sont l’aboutissement d’une longue campagne tenue lors de la saison des primaires à partir du mois de février. Joe Biden a graduellement remporté une majorité de délégués.

Il ne restait donc qu’à attendre son choix de colistier (il avait déjà promis de nommer une femme). Ce qu’il a fait, le 11 août, en sélectionnant Kamala Harris, sénatrice de la Californie. Et ce soir, elle prononcera son premier discours dans ce nouveau rôle.

Cette convention représente en effet une occasion pour les candidats choisis de se faire connaître, de mousser leur programme politique et d’y aller de leurs critiques envers l’administration Trump-Pence. C’est aussi l’occasion de présenter les grandes vedettes associées au Parti démocrate comme les couples Clinton et Obama, Bernie Sanders, Nancy Pelosi et la sensation Alexandria Ocasio-Cortez.

Pandémie oblige, les conventions de cette année sont cependant loin d’avoir l’effet spectacle du passé, puisqu’elles se déroulent de façon virtuelle. Certains discours sont enregistrés alors que d’autres sont présentés en direct, mais sans auditoire.

La convention démocrate arrive à un bon moment. Selon plusieurs sondages, Biden mène à l’échelle nationale tout comme dans les États-clés, alors que Donald Trump semble constamment sur la défensive et en réaction aux effets de la pandémie.

Cet évènement nous permettra aussi de mieux connaître l’aspirant démocrate à la présidence et, en fin de compte, répondre à la question : qui est Joe Biden ?

La famille avant tout

Après avoir servi plus de 35 ans au Sénat et pendant deux mandats à titre de vice-président de Barack Obama, Joe Biden n’est pas un inconnu des adeptes de la politique américaine. Ceux qui connaissent son passé savent que le politicien est avant tout un homme de famille et un homme de foi. Biden a vécu la tragédie, la douleur et la tristesse.

Comme l’a rappelé l’ancienne première dame Michelle Obama lors de son discours, lundi soir, Joe Biden sait ce que c’est de vivre avec une chaise vide à la table familiale. Quelques semaines après son élection à titre de sénateur du Delaware, en 1972, il perd sa femme et sa fille dans un accident de voiture. En tant que père d’une famille monoparentale et alors sénateur à Washington, Biden s’impose un trajet par train de 160 km chaque soir pour s’assurer de prendre le repas avec ses deux fils (ce qui lui avait valu au Congrès le surnom d’« Amtrak Joe »).

En 1977, il épouse Jill Tracy Jacobs, docteure en éducation. Quatre ans plus tard, le couple devient parents d’une fillette, Ashley. Depuis, Jill s’est révélée une campaigner des plus redoutables aux côtés de son mari. Mais, en 2015, la tragédie frappe de nouveau : Joe Biden perd son fils Beau, 46 ans (ancien procureur général du Delaware), des suites d’un cancer du cerveau. Profondément attristé, et même si son fils l’encourage sur son lit de mort à se présenter pour succéder à Barack Obama en 2016, Biden a choisi de passer son tour.

La politique, sa passion

Dès son arrivée au Sénat, en 1972, Biden s’est mis à la tâche pour les plus démunis de la société, pour lutter contre la criminalité, promouvoir la justice raciale et l’accès aux soins de santé. Au sein du Parti démocrate, il est perçu comme un progressiste et un centriste.

Son parcours au Sénat n’a cependant pas été sans controverses et sans échecs.

Lors de la nomination du juge Clarence Thomas à la Cour suprême en 1992, il fut critiqué pour son comportement insensible envers la témoin Anita Hill, qui accusait le juge Thomas de harcèlement sexuel.

En 1994, Biden est également l’un des auteurs d’un projet de loi contre la criminalité éventuellement jugé trop punitif envers la minorité africaine américaine. Plusieurs années plus tard, Biden avoue lui-même que cette réforme allait trop loin.

À deux reprises, en 1988 et en 2008, il échoue dans sa tentative de décrocher l’investiture démocrate à la présidence. Au terme de ce deuxième essai, le candidat choisi, Barack Obama, le sélectionne comme colistier. Sans conteste, c’est sa vaste expérience dans les affaires étrangères, son aptitude à travailler avec des républicains au Sénat et ses talents de rassembleur qui lui ont valu cette nomination.

Aujourd’hui, Joe Biden est considéré comme un vice-président marquant dans les domaines des changements climatiques, du mariage gai, de l’Obamacare et du leadership américain dans les institutions internationales et multinationales.

Choisir Kamala Harris

Si Joe Biden remporte la présidence en novembre, il sera âgé de 78 ans lors de son arrivée au pouvoir, le 20 janvier 2021. Advenant sa victoire, il ne s’est d’ailleurs jamais engagé à se présenter pour un deuxième mandat. C’est pour cette raison que son choix de colistière est scruté à la loupe.

Tous les observateurs sont d’avis que la première grande décision d’un candidat à la présidence constitue son choix de colistier. Celui de Kamala Harris fait consensus en plus d’être considéré comme judicieux et porteur pour l’avenir.

PHOTO CAROLYN KASTER, ASSOCIATED PRESS

Le 12 août, Joe Biden annonce son choix : Kamala Harris sera sa colistière.

Ancienne procureure générale de l’État de la Californie (ou elle a travaillé avec Beau Biden), Harris s’est fait remarquer par le grand public plus récemment pour ses interrogatoires serrés au comité judiciaire du Sénat lors des audiences visant à nommer à la Cour suprême le controversé juge Brett Kavanaugh, et lors de la nomination de William Barr comme procureur général des États-Unis.

Première femme noire à être choisie par un des deux grands partis pour la vice-présidence, Harris représente un choix historique. L’enthousiasme généré par sa sélection porte les stratèges démocrates à croire au retour de la coalition Obama-Biden de 2008 et de 2012, un électorat qui a permis de gagner la présidence de façon décisive.

Les démocrates ont donc choisi un tandem susceptible de mobiliser leur électorat de base et qui a tout le potentiel pour gruger des parties de l’électorat qui ont voté pour Donald Trump en 2016.

Reste à voir si l’ensemble de la population américaine choisira Joe Biden comme 46e président des États-Unis.