Le plan de la rentrée ne tient pas la route. Et chaque fois que j’entends quelqu’un le défendre, je réalise que c’est parce qu’il ne le comprend pas.

Marie-Josée Latour Marie-Josée Latour
Enseignante au primaire, Montréal

L’argument le plus utilisé est le fait que la rentrée du printemps s’est bien déroulée, donc celle de l’automne sera elle aussi réussie. On devrait plutôt dire que si la rentrée de l’automne se déroulait dans les mêmes conditions qu’au printemps, on aurait une certaine chance que ça fonctionne. Or, rien n’est pareil !

Au printemps, les classes comptaient une dizaine d’élèves et ces derniers devaient maintenir entre eux une distance de deux mètres en tout temps. Dans deux semaines, elles en compteront entre 20 et 30 et il n’y aura aucune distanciation physique entre les élèves d’un même groupe.

Ce sera comme à l’intérieur d’une famille, dit le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Bingo ! Et que se passe-t-il à l’intérieur d’une famille quand une personne attrape un virus ? Eh oui ! Les autres suivent…

Je ne suis pas épidémiologiste, mais je suis enseignante au primaire depuis une quinzaine d’années et je peux vous dire que c’est exactement de cette façon que les virus circulent dans une école. Un midi, une collègue nous invite à nous tenir loin d’elle parce qu’il y a une épidémie de grippe, de gastro ou autre dans sa classe. Une bonne partie de la classe y passe. Le virus est contenu dans cette classe jusqu’à ce qu’il se déclenche dans une autre classe parce que la petite sœur de X vient aussi de le transmettre à ses camarades, ou encore tel ami est allé chez X et a lui aussi contracté le virus.

Ça ne sera pas différent à l'automne. Les présumées bulles de classe n’y changeront rien.

Ce qu’elles changeront par ailleurs, c’est que pour nous faire croire qu’on met des mesures en place pour éviter la contagion, votre enfant n’aura pas le droit de socialiser avec ses amis à la récréation. Donc, au moment où les enfants se retrouvent à l’extérieur dans le contexte le moins dangereux, ils ne peuvent pas socialiser. Et on prétend que le retour en classe, bien que risqué, vise précisément à permettre aux enfants de socialiser !

Une bulle qui éclate dès la sortie de la classe

Évidemment, les enfants socialiseront quand même. Dès que l’école sera terminée. Dès que la cloche du dîner aura sonné. Ils se précipiteront à l’extérieur de l’école pour aller rejoindre leurs amis. Ça nous fera une belle jambe qu’ils aient porté le masque dans le corridor sur le chemin de la sortie !

La rentrée annoncée ne comporte aucun élément de protection pour les élèves et leurs familles, mais elle sera par ailleurs riche en contraintes pour ces derniers de même que pour le personnel des écoles.

On doit s’assurer que les enfants se lavent les mains régulièrement, mais nous n’avons pas de lavabo dans toutes les salles de classe. Apparemment, le ministre juge cette situation acceptable. Il y a des lavabos qui ont été ajoutés dans toutes les épiceries, mais il n’y en aura pas dans toutes nos salles de classe.

On doit demeurer à distance de deux mètres de nos élèves et se protéger, mais aucun matériel de protection n’a été installé dans nos classes. Il y a un plexiglas qui a été installé dans tous les commerces, mais pas dans nos classes, ce qui n’empêche pas le ministre de nous dire qu’il est important que les enfants voient notre sourire.

La solution ? Elle n’est pourtant pas compliquée. L’école ne constitue pas une bulle en marge de la société, elle en fait partie. Les mêmes mesures devraient donc s’y appliquer.

Quand il n’est pas possible de maintenir une distance de deux mètres dans un endroit clos, y compris en classe, le port du masque devrait être obligatoire.

Si on ajoute à cela l’installation de lavabos dans chaque classe qui n’en a pas déjà ainsi que l’installation de grands plexiglas à l’avant des classes pour permettre aux enseignants de s’adresser à leur groupe à visage découvert, nous aurons une rentrée sécuritaire et presque normale. Ça permettra en prime aux enseignants de se concentrer sur l’enseignement !

Et pour que cette rentrée permette véritablement la socialisation des élèves et un retour à une certaine normalité, il suffit de les éduquer à porter leur masque quand ils discutent avec leurs amis à moins de deux mètres. Que ce soit dans la classe, dans la cour de récréation, sur le terrain de l’école secondaire ou ailleurs.

Suis-je la seule à trouver que ce n’est pas si compliqué ?