Cette citation d’Yvon Deschamps m’est venue en tête en lisant les données de l’enquête sur la population active dévoilées récemment. Cette enquête qui présente l’évolution de l’emploi ces derniers mois permet de mieux comprendre l’impact qu’a la pandémie et la prestation canadienne d’urgence (PCU) sur le marché du travail. Un constat s’en dégage, il est difficile d’affirmer que la PCU est un frein à l’emploi au Québec. Le problème est surtout du côté des bas salaires et de la crainte de contracter la COVID-19.

Jonathan Plamondon
Jonathan Plamondon Conseiller en relations industrielles agréé et chargé de cours à HEC Montréal

D’abord, le Québec fut la province la plus durement touchée par les pertes d’emplois au début de la pandémie. Aujourd’hui, nous sommes passés de dernier de classe en matière d’emploi pour être l’une des provinces en peloton de tête. Aucune autre province canadienne n’a connu une aussi forte progression de l’emploi que le Québec ces quatre derniers mois. Le résultat est nous nous rapprochons sérieusement du taux d’emploi que nous avions en février dernier.

Or, il est important de se rappeler que le Québec connaissait une forte pénurie de main-d’œuvre avant la pandémie. Se rapprocher du seuil d’emploi de février dernier, c’est revenir à cette situation de pénurie. Alors pourquoi plusieurs employeurs soutiennent-ils qu’ils n’arrivent pas à recruter, plusieurs refusant de travailler ?

Ici, c’est la nature des emplois offerts qui pose problème. La grande majorité des emplois créés ces dernières semaines sont à temps partiel et ce type d’emploi est très souvent faiblement rémunéré, c’est-à-dire à un salaire de moins de 16 $ de l’heure.

Pour ces emplois à bas salaires, nous sommes à 85,4 % du niveau d’emploi connu avant la pandémie. Or, ce même niveau est de 97,4 % pour tout ce qui a une rémunération plus élevée que ce seuil de 16 $ de l’heure. Les conditions de travail peu avantageuses rendent donc le recrutement beaucoup plus difficile.

Certains y voient une conséquence directe de la PCU, mais c’est avoir une perception sélective des réalités du marché du travail. Avant la pandémie, de nombreux employeurs confirmaient avoir de la difficulté à recruter pour des postes à bas salaire, ce n’est donc pas nouveau.

Cesser de démoniser la PCU

Ces derniers mois, ces difficultés se sont accentuées par la crainte de la maladie. Les absences en CHSLD au plus fort de la pandémie en témoignent. L’enquête révèle que 54 % de la population active a peur de contracter la COVID-19 en travaillant. Près de la moitié des travailleurs craignent que leur emploi les amène à contaminer leur famille. En pénurie de main-d’œuvre, certains font le choix de ne pas prendre la première offre d’emploi dans le but d’obtenir de meilleures conditions de travail. La crainte de la maladie vient renforcer ce choix, surtout lorsque l’emploi s’avère être à bas salaire et à temps partiel.

Les difficultés des employeurs ne doivent pas être banalisées, mais démoniser la PCU n’est pas constructif. De nombreux secteurs reposent sur l’emploi au salaire minimum et, il faut le reconnaître, ce modèle est de moins en moins compétitif sur le marché du travail. Nous devons donc recentrer le débat et réfléchir aux mesures structurantes qui peuvent aider les entreprises à offrir de meilleures conditions de travail.