Un mal de mer peut arriver à un voyageur quand il y a une déconnexion entre ce que ses yeux et ses oreilles communiquent à son cerveau. Si les oreilles communiquent une chose et les yeux une autre, le cerveau devient confus. Et alors il sent le mal de mer.

Mahsa Abbas-Zadeh Mahsa Abbas-Zadeh
Montréal

Un mal de mère peut arriver, selon moi, à un immigrant quand il n’a pas vu sa mère depuis longtemps. Quand son cerveau n’arrive plus à connecter les images de ses souvenirs avec celle qu’il voit sur l’écran de son téléphone, à travers les appels vidéo (Skype, WhatsApp, Telegram, Facetime, etc).

Quand on a le mal de mer, on peut avoir mal au cœur.

Quand on a le mal de mère, ça fait très mal au cœur.

Un mal de mer est passager. Il passe après le retour sur la terre ferme.

Un mal de mère est éternel, un immigrant ne marche jamais sur une terre ferme.

Un mal de terre, ça arrive quand on revient sur terre après la mer. C’est notre corps qui a du mal à se connecter avec le sol.

Il y a aussi un autre mal semblable qui arrive quand un immigrant retrouve sa terre maternelle. C’est comme une déconnexion, une énorme anxiété de ne plus pouvoir reconnaître les siens ; de voir leurs cheveux de plus en plus gris, de voir leurs rides de plus en plus profondes, de ne plus avoir rien à leur dire tellement leurs univers se sont éloignés ; encore faut-il qu’il ait la possibilité de retourner sur sa terre maternelle.

Ce qui fait encore plus mal, c’est quand il doit choisir entre la terre et la mère.

Quand sa nouvelle terre exige de parrainer ses propres parents pour pouvoir prendre soin d’eux. Quand il doit passer par une procédure d’immigration qui dure des mois et des mois, rendant ses propres cheveux gris. Quand il doit remplir des dizaines de formulaires qui demandent des montagnes d’informations… Il ne manquerait plus qu’ils lui demandent l’épaisseur de la cornée de son arrière-grand-mère…

Quand, après ça, tout se passe soudainement dans un silence cruel, presque inhumain. Quand il n’a droit à aucune information claire et honnête. Quand après des mois d’attente, on lui dit simplement : « C’est en cours. »

Quand il se demande s’il les reverra jamais. Quand il se demande si c’est juste.

Quand ça lui donne mal au cœur, ça fait mal au cœur.