En réponse au texte de Marie Allard, « Télévision : visionne-t-on les vieilles téléséries avant de les rediffuser ? », publié le 8 août *

Louis Gauvreau Étudiant à l’Université de Montréal

En plein cœur de cette vague de mouvements de dénonciation et de déboulonnement de statues, un nouveau débat fait rage sur les scènes culturelles aux quatre coins du monde. La nouvelle question à 1 million de dollars est savoir quoi faire de nos vieux films et vieilles séries qui contiennent des scènes ou des éléments « problématiques » pour les nouvelles générations plus sensibles aux différences en tous genres. Certains grands acteurs n’ont décidément pas perdu de temps : il suffit de penser à Netflix, qui a retiré de sa plateforme le film Autant en emporte le vent, ainsi que certains épisodes de séries cultes comme 30 Rock, It’s Always Sunny in Philadelphia et Community.

En ces retraits, je ne vois qu’une pente dangereuse sans fin.

Si nous enlevons des épisodes en sortant comme raison le blackface, rien n’empêche de dénoncer d’autres épisodes pour un usage de stéréotypes sur des sujets comme l’homosexualité. Si les séries d’autrefois devaient se conformer aux moindres caprices des spectateurs d’aujourd’hui, tellement précis, le résultat serait bien troublant. Il est primordial de considérer l’œuvre non seulement dans son contexte, mais également dans son ensemble. Il faut accepter le bon et le moins bon. Imaginez Les Simpson sans Apu, ou La Petite Vie sans Jean-Lou. Je refuse de voir des séries cultes se faire tristement trucider pour une poignée de plaignards.

Retirer les éléments « problématiques » des œuvres d’autrefois ne ferait que jeter un voile sur la société du passé et prétendre que de tels enjeux n’ont jamais existé. Les générations futures ont besoin de connaître toute la vérité, sombre comme lumineuse, afin d’être dotées d’un solide jugement et de remédier aux solutions par elles-mêmes. Les déconnecter d’une réalité qui a encore des répercussions aujourd’hui présente un danger sans précédent.

Je reconnais, bien sûr, que l’enjeu des vieilles séries est très semblable à celui des statues historiques. Je suis d’avis qu’il faudrait garder le plus de statues possible, afin de ne jamais oublier ce dont l’humanité est capable. Ceux qui ignorent l’histoire sont condamnés à la répéter.

Ceux qui ont encore des doutes seront peut-être rassurés d’apprendre qu’il existe un compromis. Prenons pour exemple Warner Bros., qui continue de diffuser de vieux épisodes des Looney Tunes et de Tom & Jerry. Leur solution ? Un simple avertissement avant l’épisode afin de remettre les téléspectateurs en contexte. Forcément, une série des années 60 ne peux pas véhiculer des valeurs de 2020; mais il n’y a rien de mal là-dedans. Il serait injuste de priver les gens d’une source si indéniablement populaire de divertissement.

Le mot de la fin : contexte. Expliquez aux plus jeunes l’importance du contexte. Gardez les œuvres dans leur contexte. Et respectez, au nom de la société de demain, la valeur du contexte.

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