Ils ne devraient pas devenir des vecteurs de contamination pour leurs proches comme ce fut le cas avec les travailleurs de la santé

Geneviève Dechêne Geneviève Dechêne
Médecin de famille. Verdun

Dans certaines régions du Québec éprouvées, le personnel médical est sonné.

Il est sonné par le tourbillon d’hospitalisations aux soins intensifs pour soigner une maladie très contagieuse, grave et parfois mortelle. Nous n’avions pas mis en place les mesures épidémiques de base dans nos établissements : la COVID-19 s’est transmise rapidement aux employés de la santé et à leurs proches, plus qu’ailleurs au Canada.

Nous avons découvert il y a six mois une maladie complexe qui rend malades des adultes de tous âges : des centaines de personnes, souvent jeunes, ont été hospitalisées avec des atteintes sévères de plusieurs organes. Du jamais-vu dans nos hôpitaux : des jeunes cœurs qui arrêtent ou qui décompensent, des jeunes reins qui cessent de fonctionner, des poumons littéralement détruits, des paralysies foudroyantes, des séquelles cognitives majeures chez des personnes actives, des congés en fauteuil roulant de patients « guéris ». On n’est pas habitué, en Occident, de voir autant d’adultes en santé tomber subitement très malades. Nos statistiques de décès ne tiennent pas compte des séquelles majeures dont sont victimes de nombreux survivants de la COVID-19, dont plusieurs ne retourneront jamais à une vie active.

Un principe de précaution pour la rentrée scolaire

Les travailleurs des hôpitaux sont inquiets du retour des enfants à l’école. Des mesures de protection efficaces devraient être implantées dans tous les espaces fermés, les classes, surtout : des espaces suffisants pour assurer une distanciation sécuritaire, des fenêtres qui ouvrent largement, une bonne ventilation de chaque pièce, des masques et des visières pour tous les enseignants et des masques pour les élèves de 10 ans et plus. Les récentes rentrées scolaires « ratées » en Israël et dans certains États américains ne doivent pas être imitées.

Ce ne sont pas les couloirs qui nous inquiètent le plus, ce sont les salles de classe, puisque les données scientifiques démontrent un lien direct entre le temps de présence dans une pièce et le risque de contamination à la COVID-19. Il faut aussi tenir compte des déplacements incessants des enseignants d’une classe à l’autre.

Nos enfants et leurs enseignants ne devraient pas devenir des vecteurs de contamination pour leurs proches comme ce fut le cas avec les travailleurs de la santé. Nous ne voulons pas vivre un deuxième « scénario d’horreur » hospitalier avec une vague d’enseignants et de parents aux soins intensifs. Un scénario où les enfants seront gardés à la maison par des parents qui ne pourront plus travailler quand des classes fermeront : cela aurait des conséquences néfastes pour notre économie chancelante. Un scénario où les grands-parents devront prendre la relève des parents malades malgré les risques élevés de maladie grave à leur âge. Un scénario où, pour la deuxième année de suite, nos enfants subiront du retard dans leur scolarité dans un contexte de décrochage scolaire élevé.

L’école est un lieu essentiel de développement social et intellectuel pour nos enfants. Protégeons-les comme la prunelle de nos yeux, ainsi que leurs enseignants. Sinon, la fatigue accumulée de nos travailleurs de la santé limitera leur capacité à faire face à une deuxième vague d’importance. Il n’y a plus de justification au Québec pour d’autres manquements aux mesures épidémiques de base : appliquons celles-ci de façon maximale, par principe de précaution.