La crise sanitaire que nous traversons a profondément bouleversé notre économie. Peu de secteurs ont échappé au ralentissement économique, le pire des 150 dernières années. Nous commençons à peine à tirer des leçons de ces perturbations et à prendre connaissance des dangers et des occasions qui s’offrent à nous.

Karl Blackburn Karl Blackburn
Président et chef de la direction, Conseil du patronat du Québec

La relance économique sécuritaire et durable repose sur des mesures adaptées à la situation des industries stratégiques, qui sont nos principaux véhicules de création de richesses par leurs capacités en matière d’exportation, d’innovation, d’investissement et de productivité, et par les effets structurants qu’ils génèrent, entre autres au chapitre de la qualité de la main-d’œuvre et de l’éducation. L’aéronautique constitue un de ces piliers de l’économie du Québec. Plus de 200 entreprises hautement spécialisées dans ce domaine créent des milliers d’emplois bien rémunérés déployés sur l’ensemble du territoire québécois. Ce secteur s’avère ainsi un levier essentiel de développement économique régional. Il en va de même pour l’industrie touristique, qui recense plus de 30 000 entreprises au Québec et qui dynamise l’économie de la plupart de régions.

Or, l’aéronautique comme le tourisme dépendent fortement de l’aviation civile. À preuve, la fermeture de nos frontières et les exigences relatives au transport de passagers ont eu des conséquences catastrophiques sur notre secteur touristique, puisque les visiteurs hors Québec représentent 50 % des recettes. Pour plusieurs régions du Québec, il n’existe pas de solution de rechange à l’industrie touristique si cette dernière s’effondre. Ainsi, tant que les compagnies aériennes canadiennes demeureront paralysées, les conséquences économiques seront énormes.

C’est pourquoi l’intervention gouvernementale s’avère primordiale. Pour des raisons qui nous échappent, le gouvernement fédéral fait la sourde oreille à la mise en place d’une approche plus souple à l’égard des restrictions de voyage et de l’application de la quarantaine.

Ce contexte est devenu insoutenable pour les transporteurs et pour l’ensemble de l’industrie touristique. Il est certes déplorable, mais nullement surprenant que ce manque de soutien ait conduit à la suppression de dessertes régionales au Québec. Dans le contexte actuel, il est virtuellement impossible pour les transporteurs de maintenir l’ensemble de leurs routes, particulièrement en région. Malgré la bonne volonté de tous les intervenants, le transport régional au Québec fait constamment l’objet de critiques, de rapports et de propositions souvent difficiles à mettre en place.

Un atout du développement régional

Et pourtant, tous s’entendent pour dire que le transport aérien est un atout fondamental du développement régional. C’est d’ailleurs fort de cette conviction que le Conseil du patronat du Québec s’est impliqué dans le groupe d’intervention pour identifier des solutions à moyen et long termes aux problèmes du transport aérien en région, créé par Québec en juillet dernier et dont le rapport a été remis mardi au ministre des Transports du Québec.

Le transport aérien est très réglementé. Or, la réglementation excessive constitue un frein au bon fonctionnement des entreprises. Les mesures visant à dynamiser le transport aérien régional ne doivent donc pas s’accompagner de restrictions additionnelles ou d’une lourdeur bureaucratique. Les transporteurs ne demandent qu’à avoir les coudées franches pour pouvoir travailler de manière sécuritaire. Les succès des mesures favorisant le transport dépendront de la façon dont les gouvernements façonneront leur cadre réglementaire et institutionnel.

Il est d’ores et déjà assuré que le tourisme international ne reprendra pas avant plusieurs mois, voire des années. Le transport aérien a vraiment besoin qu’on y mette notre énergie et que tous les intervenants – à commencer par le gouvernemental fédéral dont c’est la responsabilité – s’unissent pour assurer sa survie et de bonnes conditions de relance.