La professeure Johanne Collin retrace dans cet ouvrage le développement de la pharmacie au Québec, marqué par une double tradition, à la fois française et britannique. Elle rend compte de l’évolution des conceptions scientifiques et populaires de la santé, allant de pair avec l’évolution des médicaments et de la profession de pharmacien.

Le terme pharmacie embrasse plusieurs définitions. C’est à la fois une science, une discipline universitaire et une profession. Avec cette histoire de la pharmacie au Québec, nous avons voulu accorder une place à ces divers aspects, en se focalisant toutefois sur ce que l’on pourrait appeler l’histoire sociale de la profession.

L’exercice de la pharmacie s’est beaucoup transformé au cours des siècles. L’apothicaire du XVIIsiècle est fort différent de celui du XVIIIsiècle et encore plus, il va sans dire, du pharmacien d’aujourd’hui. En outre, à une même époque, être apothicaire a pu signifier des réalités bien différentes d’un pays à l’autre.

Le Québec, à cet égard, hérite d’une double tradition, à la fois française et britannique. Voilà pourquoi nous avons jugé bon de remonter le fil du temps pour arriver à repérer les apothicaires français et britanniques dès leur toute première apparition.

Chacun des groupes apporte à la pratique sa propre tradition et son identité propre. Nous avons ensuite cherché à saisir et à rendre compte de l’univers mental et physique dans lequel les ancêtres du pharmacien moderne ont dû faire leurs premiers pas lors de leur arrivée en sol canadien. Les frontières entre médecins, chirurgiens et apothicaires se révèlent très imprécises à cette époque, chacun s’évertuant à faire au mieux de ses connaissances pour vaincre la maladie, dans cette nouvelle contrée souvent hostile. De la Nouvelle-France à la Conquête, le domaine de la santé est passé sous domination anglaise. Dès lors, d’autres traditions sont venues modeler l’exercice de la pharmacie au pays. Les chemists and druggists britanniques s’y sont installés, ont ouvert des boutiques et créé des entreprises d’importation et de fabrication médicamenteuses. Le XXe siècle s’ouvre sur des transformations majeures. Révolution thérapeutique, industrialisation de la fabrication médicamenteuse d’un côté, transformations économiques et réformes gouvernementales de l’autre, finissent par plonger la profession pharmaceutique dans une crise identitaire dont elle ressortira passablement transformée à l’aube XXIe siècle.

Pour retracer cette histoire de la pharmacie, plusieurs sources ont été utilisées. Si la plupart des données ont été puisées à même différents fonds d’archives, l’ampleur de la recherche et le peu de temps qui nous était imparti nous ont conduits à emprunter aux rares études portant sur le sujet certains renseignements. Grâce à ces travaux, nous avons été en mesure de cerner l’évolution des guildes d’apothicaires en France et en Grande-Bretagne, de suivre les premiers apothicaires venus s’installer en Nouvelle-France et de situer leurs activités à la lumière des pratiques d’alors.

Pour arriver à reconstituer non seulement l’histoire du groupe au XIXe siècle mais aussi l’évolution de la consommation médicamenteuse et de la législation encadrant l’exercice de la pharmacie, nous avons mené un important travail d’investigation.

Il nous a fallu procéder à une vaste recherche dans les actes notariés, les journaux, les almanachs et les répertoires de cette période. Pour les XXe et XXIe siècles, nous avons dépouillé des archives de l’Ordre des pharmaciens et des différentes institutions d’enseignement. À cela s’ajoutent des publications gouvernementales et des sources statistiques diverses. La revue Le Pharmacien, lancée en 1927, s’est également avérée une source précieuse pour cerner, au fil des décennies, les activités et les opinions des pharmaciens. Il en est de même de la revue Québec Pharmacie et de L’actualité pharmaceutique.

Dépeindre en quelques centaines de pages une évolution aussi riche et aussi dense nous a forcés à faire des choix et à établir des priorités, ces dernières étant dictées par les sources et les études disponibles. Inévitablement, certains aspects de l’histoire de la pharmacie au Québec ont été peu abordés. C’est le cas, par exemple, pour le secteur de la pharmacie d’hôpital ; dimension non négligeable de la profession, mais dont le contexte de pratique est sensiblement différent de celui de la pharmacie communautaire. Heureusement, son histoire a déjà été bien couverte par les travaux de Jean-François Bussières et Nancy Marando auxquels nous ferons souvent référence. En ce qui concerne les institutions d’enseignement, moins d’attention a été portée à l’évolution de la formation à l’Université Laval qu’à l’Université de Montréal. Bien qu’il y ait des différences propres à chaque institution, l’objectif était d’abord de rendre compte de l’évolution globale des savoirs et des connaissances en pharmacie, de même que de l’articulation entre la formation théorique et la pratique au fil du temps. Finalement, l’histoire de l’industrie pharmaceutique québécoise et canadienne reste encore largement à faire.

Écrire l’histoire est une tâche qu’il faut sans cesse recommencer, au gré des nouvelles connaissances qui surgissent de la multiplication des études sur un sujet. Celle de la pharmacie n’est pas figée et suscite encore de nombreuses interrogations. L’analyse présentée ici demeure donc hautement perfectible. Toutefois, si ce récit du passé permet au lecteur de mieux comprendre le présent, il aura atteint son but.

PHOTO FOURNIE PAR LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL

Nouvelle ordonnance

Nouvelle ordonnance
Quatre siècles d’histoire de la pharmacie au Québec
Johanne Collin
Avec la collaboration de Denis Béliveau
Préface de Yanick Villedieu
Les Presses de l’Université de Montréal, mars 2020
408 pages