« Quel est le coût des mensonges ? » La question posée dans Tchernobyl, série télévisée consacrée à la pire explosion nucléaire de l’ère soviétique, devrait être formulée à Fox News et à Sean Hannity, son présentateur vedette.

Antoine Char Antoine Char
Professeur associé à l’École des médias de l’UQAM

Dès le début de la pandémie, la chaîne ultraconservatrice répétait à satiété ceci : pour nuire à Donald Trump et à sa réélection le 3 novembre, la gravité de la COVID-19 est exagérée.

Lorsque, à la fin février, le virus a fait son premier mort aux États-Unis, Sean Hannity lança alors : « Ce soir, je peux vous annoncer que le ciel est absolument en train de tomber, nous sommes tous condamnés, la fin est proche, l’apocalypse est imminente et vous allez tous mourir. Tous. Et, c’est entièrement la faute du président Trump […]. »

Encore le mois dernier, Hannity assurait que « CNN déteste tant Trump qu’elle ne veut pas que ses téléspectateurs soient exposés à de l’information vitale sur des thérapies et des vaccins ».

L’actuel locataire de la Maison-Blanche, qui passerait 60 % de son temps collé au petit écran, doit sûrement apprécier.

Cause à effet ?

Au fil des mois, le sarcasme facile et complaisant de la star de Fox News n’a pas disparu même si la première puissance mondiale a dépassé la barre des 150 000 morts liées au coronavirus. Soir après soir, Hannity refuse de reconnaître la gravité de la crise sanitaire. Et alors ? Les téléspectateurs sont-ils pour autant plus durement frappés que ceux de CNN, par exemple, qui a toujours pris au sérieux le virus ?

Dit autrement, peut-on réellement établir une relation de cause à effet ?

Oui, affirmaient dans une lettre ouverte, le 3 avril, une centaine de professeurs de journalisme lorsque l’État de New York était l’épicentre de l’épidémie avec un demi-millier de morts tous les jours.

Les premières semaines de la pandémie, Hannity comparait encore le coronavirus à la grippe. Ses fidèles téléspectateurs (plus de quatre millions, âge moyen : la soixantaine) croient-ils pour autant que la vitamine C est un bon remède contre le virus ?

PHOTO LEAH MILLIS, ARCHIVES REUTERS

Sean Hannity

Plus sérieusement, 46 % des électeurs républicains estiment que la COVID-19 est une menace grave à la santé contre 85 % pour les électeurs démocrates, selon une enquête du Pew Research Center publiée le mois dernier.

Pas étonnant que les red states ont été les plus empressés au déconfinement et que trois de ces États républicains, le Texas, la Floride et la Géorgie, sont actuellement confrontés à une flambée du virus.

Pendant ce temps, Fox News et Sean Hannity font diversion en braquant leurs phares sur les émeutes et leurs retombées qui ont secoué bon nombre de villes américaines depuis la mort, fin mai, de l’Afro-Américain George Floyd, étouffé par le genou d’un policier blanc à Minneapolis. Pas un jour, par exemple, sans que Hannity et sa chaîne ne présentent Portland, dans l’Oregon, au bord de la guerre civile.

Il est vrai que Fox a abandonné en 2017 sa devise « fair and balance ».

Oui, la chaîne du magnat australo-britannico-américain Rupert Murdoch est loin d’être « juste et équilibrée » en ces temps de COVID-19.