En réponse au texte de Marc Sylvain, « Montréal, je te quitte », publié le 1er août.

Pascal Henrard Pascal Henrard
Montréalais depuis 1988

Je vous l’accorde, tout n’est pas parfait à Montréal. On pourrait faire mieux.

(Re)lisez « Montréal, je te quitte »

Mais quand on s’arrête quelques minutes pour regarder la situation avec la tête froide, les choses ne sont pas si épouvantables qu’on nous les dépeint. Pourtant, les tribunes et les unes débordent comme les poubelles de gens qui déversent leur fiel sur la métropole.

Les gens contents ne prennent pas la plume pour dire qu’ils aiment une piste cyclable, un trottoir élargi, une rue partagée, la piétonnisation d’une avenue, des saillies de trottoir ou des parcs… Au contraire des gens aigris qui polluent les médias de leurs opinions négatives, les gens contents profitent de la vie.

Mais ça n’explique pas complètement l’absence de citoyens satisfaits dans le bruit ambiant des articles à sensation, des pages d’opinions et des fils des réseaux sociaux.

C’est sûr qu’il est toujours plus accrocheur pour un média de titrer « sème la grogne » plutôt que « fait des heureux ». C’est plus facile pour un journaliste d’entendre les vociférations de la colère que le babil du bonheur. Et c’est tellement satisfaisant pour un aficionado de Twitter ou de Facebook de voir sa hargne ordinaire commentée, « likée » et « RT » à l’infini.

Je fais partie des citoyens contents qu’on n’entend presque jamais. Depuis mars, à travers le voile noir de l’inquiétude que la pandémie a jeté sur nos vies, je vois de petites raisons d’être content.

Je tente donc ici un envoi de mes opinions positives avec le fol espoir que les gens contents comme moi fassent pour une fois les gros titres.

Les multiples actions sur le terrain de l’équipe proactive de Valérie Plante font désormais partie de mes furtifs moments d’espoir. J’aime que ma rue soit réservée à la circulation locale, j’aime prendre les nouvelles pistes cyclables pour aller en vélo saluer des amis, j’aime marcher pour faire des achats dans les boutiques de mon quartier, j’aime voir les enfants du voisinage s’améliorer en skate au beau milieu de la rue, j’aime déambuler sur l’avenue du Mont-Royal, là où d’habitude, ce sont des tonnes de métal sur quatre roues qui restent immobilisées, j’aime que ma ville fasse une place aux humains plutôt qu’aux autos. Et si, des fois, je dois prendre ma petite voiture pour aller donner un coup de main à mes beaux-parents qui habitent loin, je comprends et j’accepte qu’il faille faire un détour de 350 mètres, que la rue que j’empruntais d’habitude a changé de sens ou que je doive me garer à 200 m au lieu de 10 pour aller chercher le colis qu’ils avaient commandé.

Ce n’est pas grand-chose d’être content. Ça ne fait pas de bruit. Ça n’intéresse personne. Aux dernières élections municipales, la grogne anti-Ferrandez tapissait les pages des journaux et les ondes des émissions d’info. Les gens contents l’ont pourtant réélu en force. Et après lui, Luc Rabouin a repris le flambeau et a remporté le scrutin avec plus de 60 % des votes.

Montréal change. La ville s’embellit, s’améliore. Certaines modifications se sont faites rapidement, certains ajustements devront avoir lieu, des habitudes vont devoir changer, il va falloir s’adapter. Mais, pour l’instant, je vois beaucoup plus de mieux que de pire dans mon quotidien. Pourquoi est-ce que mon journal ne le reflète pas ?