Environ 40 % des Canadiens ont pris du poids depuis le début de la pandémie, selon certains sondages. Le même constat se fait partout en Occident. Étant donné que l’obésité représente un facteur de risque pour contracter la COVID-19, des pays comme la Grande-Bretagne prennent les grands moyens. Le Canada pourrait s’en inspirer.

Sylvain Charlebois Sylvain Charlebois
Directeur principal du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie

On ressent le poids de la pandémie partout au sein de la population, même par notre propre tour de taille. En effet, environ 40 % des Canadiens ont pris du poids depuis la mi-mars, si l’on en croit certains sondages. Le gain de poids peut s’expliquer de plusieurs façons, mais des gouvernements choisissent d’agir maintenant, pendant la pandémie, pour conscientiser leurs citoyens.

C’est précisément ce que la Grande-Bretagne a décidé de faire la semaine dernière. Les nouvelles initiatives gouvernementales dans le pays incluent l’interdiction des publicités de malbouffe télévisées et en ligne avant 21 h. Les menus des restaurants devront aussi afficher les calories tandis que les promotions exagérées de produits calorifiques devront cesser. Fini les barres de chocolat près des caisses enregistreuses qui incitent les gens à acheter sous l’impulsion. La campagne prévoit même des consultations afin d’évaluer la possibilité d’afficher les calories sur les produits alcoolisés. La campagne « Better Health » sera introduite avec des plans de gestion de poids élargis au service des citoyens du pays. La campagne durera neuf mois.

Le moment d’une telle campagne a été bien choisi. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, qui a perdu au-delà de six kilos après avoir traversé une infection potentiellement mortelle de COVID-19 en mai dernier, a reconnu que les probabilités pour les personnes qui souffrent d’embonpoint de contracter le virus sont plus élevées que la moyenne. Environ 60 % des Britanniques ont un surplus de poids, dont le premier ministre lui-même.

L’industrie a vite réagi en affirmant que l’initiative avait du bon même si ce genre de campagne crée souvent un malaise, puisque certains produits sont intentionnellement ciblés. Des entreprises clament que le programme est injuste et empêche les Britanniques de se faire plaisir.

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« Au-delà de la moitié de la population a eu plus de mal à rester en bonne santé » depuis le début de la pandémie, souligne Sylvain Charlebois.

De nombreuses personnes au Canada, soit environ 25 %, ont utilisé le confinement comme une occasion de changer leurs habitudes et d’adopter des comportements plus sains, mais des recherches ont aussi démontré qu’au-delà de la moitié de la population a eu plus de mal à rester en bonne santé pendant cette période. Le Grand Confinement, à part le stress, a bouleversé nos habitudes. Bien qu’il faut rester actif pour réussir à perdre et à maintenir son poids, il reste essentiel d’améliorer son alimentation, car la plupart des gens consomment plus de calories qu’ils en ont besoin. Les collations et les ventes de boissons alcoolisées augmentent partout en Occident.

Parallèlement à une promotion de masse à l’échelle nationale, la campagne ciblera spécifiquement les zones et les groupes les plus touchés par l’obésité et l’excès de poids. Les preuves démontrent que les communautés noires, asiatiques et minoritaires sont touchées de manière disproportionnée par l’obésité ainsi que par la COVID-19.

Il faut saluer l’effort du gouvernement britannique et reconnaître que le programme va beaucoup plus loin que n’importe quelle autre campagne du genre. D’abord, il arrive à point nommé compte tenu de la pandémie et de son impact sur certains groupes démographiques. Le programme s’attaque au tabou de l’obésité, facteur important pour la prévention de la COVID-19. C’est aussi la première fois qu’un programme orienté sur la santé s’ingère dans la façon dont les produits se vendent dans les magasins sans utiliser une taxe régressive. Les revenus des détaillants seront touchés, mais le programme ne durera que neuf mois. Même chose pour la publicité et les revenus versés aux médias. Mais ces mesures se veulent temporaires, c’est en quelque sorte un projet-pilote. Le gouvernement britannique dépensera probablement énormément en publicité pour promouvoir son programme de bien-être.

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Boris Johnson

Paradoxalement, l’annonce de l’approche britannique s’est faite à peine 10 jours après que ce même gouvernement ait dépensé 1 milliard pour offrir des rabais dans les restaurants afin encourager ses citoyens à sortir davantage. Tous les lundis, mardis et mercredis du mois d’août, chaque citoyen aura droit à une économie de 20 dollars par jour chaque fois qu’il fait une visite dans un restaurant. N’importe quel restaurant peut participer au programme, même la restauration rapide où les produits calorifiques et malsains se vendent en abondance. L’idée d’inciter les gens à sortir dissimule toutefois un manque de cohérence flagrant.

Au Canada, certaines pratiques existent déjà : par exemple, les calories apparaissent à côté des mets sur les menus. L’aveu collectif que notre population est trop grasse et encore plus grasse qu’avant s’avère nécessaire.

Encourager les Canadiens à faire de l’exercice et à mener une vie active apporterait un peu de changement dans les annonces au sujet de la COVID-19. Il ne faut pas négliger l’importance de se protéger, mais un message plus positif, plus hop la vie ferait aussi du bien.