Ceux qui courent dans les chemins de campagne le voient, les fosses sont parsemées de déchets de plastique et d’autres contenants. À l’heure où la majorité de la population est consciente de l’impact de la pollution des plastiques dans notre environnement, cette situation dérange. Cette apparente incivilité est pourtant encouragée par une surproduction d’emballage, que le système de gestion des matières résiduelles actuel permet.

Collectif d’auteurs*

Avant la crise sanitaire, le ministre de l’Environnement et de Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a annoncé la mise en place d’un grand chantier de réforme de la collecte sélective. À cet effet, il a mis sur pied un comité consultatif formé de représentants gouvernementaux, municipaux, de la société civile et du monde des affaires dont les travaux sont en cours. Ces travaux portent entre autres sur l’amélioration de la qualité de la matière qui se rend aux centres de tri et sur l’identification de débouchés locaux pour ces matières recyclables. Ils sont aussi l’occasion de revoir notre système pour limiter la dispersion d’emballages, notamment en plastique, dans notre environnement.

Le gouvernement veut faire davantage porter la responsabilité d’assurer l’efficacité du système de collecte sélective à l’industrie qui met en marché les emballages et imprimés. Il s’agit du principe de responsabilité élargie du producteur. Cette façon de faire est connue notamment auprès des producteurs de peinture, d’huile et d’appareils électroniques qui sont déjà tenus responsables du cycle de vie complet de leur produit, de la production à la gestion en fin de vie.

Cela dit, le recyclage, c’est beau, mais la réduction à la source, c’est encore mieux. Bien que nous appuyions la responsabilité élargie du producteur, nous pensons que les producteurs d’emballages et d’imprimés devraient aussi assumer les coûts associés au nettoyage lorsqu’ils se retrouvent tout de même dans la nature.

Ils seraient ainsi poussés à innover afin de limiter la quantité de déchets qui aboutissent sur le bord de nos routes, dans nos parcs et dans nos cours d’eau. Comptez le nombre de couvercles de café et d’autres déchets, souvent en plastique, que vous pouvez y trouver. Il y a de quoi en faire une obsession. On estime que les Canadiens produisent, chaque année, 3,3 millions de tonnes de déchets en plastique.

Un article de La Presse du 20 mars 2019 soulignait que « le coût du ramassage des déchets sauvages qui se trouvent sur le réseau routier provincial a augmenté de 43 % depuis 2011, au Québec ». Le poids de ce manque de civisme et de cette surabondance d’emballages jetables est porté par l’ensemble de la collectivité. Imposer à l’industrie d’assumer le coût environnemental de ces produits dans l’environnement constituerait un puissant levier d’action.

Pourquoi faire payer l’industrie de l’emballage pour le nettoyage des lieux publics ? Parce que l’innovation est très souvent issue de la contrainte. L’objectif est qu’en recevant la facture, les entreprises commencent à s’intéresser aux solutions qui permettent de réduire à la source.

Un exemple testé et éprouvé est la consigne, qui consiste à imposer un dépôt au consommateur, qui lui est remboursé lors du retour du contenant. L’organisme La Vague a mis en place le programme La tasse, qui permet aux clients de cafés et restaurants du Québec d’emprunter une tasse réutilisable moyennant le dépôt d’une consigne de 5 $. D’abord testée dans un quartier de Montréal, La tasse est maintenant disponible dans 350 commerces à travers la province. Cet exemple prouve que des solutions existent pour éviter la surproduction de déchets. Qu’attendent les gros joueurs de l’industrie de l’alimentation pour offrir le même type d’alternative ? Sûrement, l’obligation d’innover.

*Signataires : Benoit Delage, directeur, directeur général, Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais ; Louise Hénault-Ethier, chef des projets scientifiques, Fondation David Suzuki ; Colleen Thorpe, directrice générale, Équiterre ; Gilles Brochu, président, Conseil régional de l’environnement du Centre-du-Québec ; Jacinthe Caron, directrice, Conseil régional de l’environnement de l’Estrie ; Pauline Robert, directrice, Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale