C’est une question qui préoccupe beaucoup de gens ces jours-ci. En effet, dans les semaines et les mois à venir, les politiciens, les spécialistes des politiques publiques, les universitaires, les entreprises, les organisations à but non lucratif et le grand public auront des choix importants à faire pour rebâtir nos vies, nos sociétés et l’ordre international.

Vanessa MacDonnell, Sophie Thériault et Sridhar Venkatapuram
Respectivement professeure agrégée à l’Université d’Ottawa, professeure titulaire à l’Université d’Ottawa et professeur agrégé au King’s College London*

Partout dans le monde, tous les ordres de gouvernement s’affairent à élaborer des plans de relance. Certains de ces plans s’orienteront vers l’austérité, acceptant tacitement que des personnes puissent être laissées pour compte. Les budgets des soins de santé ne subiront peut-être pas de compressions majeures, mais d’autres biens et services publics essentiels comme l’éducation pourraient voir leur financement réduit radicalement.

Par ailleurs, certains gouvernements se sortiront de la récession économique en investissant substantiellement dans le soutien aux entreprises et à leur population, et dans la construction de nouvelles infrastructures dans l’espoir de stimuler l’économie. Ces investissements prendront différentes formes. Au Canada, par exemple, certains exercent encore des pressions pour qu’on renfloue le secteur du pétrole et du gaz et qu’on assouplisse les mesures de protection de l’environnement. Mais on trouve aussi des gens qui demandent que la Prestation canadienne d’urgence – le versement hebdomadaire de 500 $ aux personnes qui se sont retrouvées au chômage à la suite de la pandémie – soit convertie en un programme de revenu de base universel.

Que ce soit dans la réduction ou dans l’augmentation des dépenses, les gouvernements devront faire des choix. Et ce que la COVID-19 nous a enseigné, c’est que les choix des gouvernements peuvent avoir des conséquences immédiates sur la vie ou la mort.

Il est crucial de reconnaître que la pandémie découle des choix politiques des gouvernements et qu’elle n’est pas une catastrophe naturelle ou une force majeure.

Les empreintes des gouvernements et de leurs choix sont partout, que ce soit à l’échelle internationale dans la réglementation relative aux menaces de maladies transmises par les animaux et au signalement des éclosions, la réglementation du commerce et des voyages internationaux, et la rapidité et le type de politiques mises en œuvre pour contenir le virus.

Les choix sont aussi à l’origine des effets dévastateurs de la COVID-19 : imposer et dépenser de manière à avantager certains et à désavantager d’autres ; intervenir ou pas dans l’économie lorsque les forces du marché empêchent les gens de satisfaire leurs besoins fondamentaux ; considérer la santé comme le produit d’une combinaison de chance et de choix personnels plutôt que comme le résultat d’une collision de facteurs sociaux, économiques et politiques ; et adopter des politiques étrangères particulières en matière de coopération internationale, y compris l’aide étrangère.

Ce sont les politiques gouvernementales défectueuses qui ont créé les conditions préalables à la pandémie et l’ampleur de ses effets dévastateurs.

En choisissant l’austérité comme voie d’avenir, on ne fait que maintenir les mauvais choix et l’injustice sociale. La réduction des programmes gouvernementaux et des biens communs sociaux risque d’accentuer les inégalités existantes plutôt que de renforcer l’économie ou de nous protéger à l’avenir contre les pandémies et les catastrophes sanitaires. Les coupes importantes dans les programmes essentiels tels que l’éducation et les soutiens du revenu sont plus susceptibles de créer de nouvelles vulnérabilités que de remédier aux anciennes. Les plans de relance qui s’engagent plutôt à assurer l’équité sociale – en remédiant aux désavantages et à l’exclusion tout en promouvant la santé et le bien-être – protégeront nos communautés et nos sociétés des préjudices futurs.

Nous avons besoin de changements politiques significatifs et durables aux échelles nationale et internationale.

Au pays, cela signifie porter attention aux effets genrés de la COVID-19 sur l’économie et rejeter les mesures de relance qui ne sont pas sensibles à ces réalités. Assurer l’accès à des services de garde abordables ainsi que la réouverture complète (mais sûre) des écoles en septembre. Réformer fondamentalement les soins de longue durée. Investir afin de combler les écarts en matière d’éducation et d’emploi pour les groupes qui ont longtemps été marginalisés et victimes de discrimination. Garantir l’accès au logement, à la nourriture et aux autres produits de première nécessité. Réviser les politiques en matière de maintien de l’ordre, de justice pénale et d’incarcération. Étendre les mesures de protection de l’environnement plutôt que de les retirer. Et prendre au sérieux la décolonisation et les relations de nation à nation avec les peuples autochtones.

En bref, cela veut dire que les gouvernements devraient investir pour sortir de la récession en prenant des moyens pour corriger les inégalités structurelles qui empêchent les gens et les communautés de prospérer. C’est la voie qui mènera au bien-être social et économique, et à la justice sociale.

À l’échelle internationale, le Canada doit aider à créer un ordre mondial plus équitable. En 2019, le budget d’aide étrangère du Canada atteignait un lamentable 0,27 % du revenu national brut. Ce montant est inférieur à l’aide étrangère accordée sous le gouvernement Harper. Mais la question ne peut pas être que monétaire. Le monde a appris que l’ordre mondial et la santé des gens partout dans le monde peuvent être pris en otage par un ou deux gouvernements. On ne peut pas laisser cette situation continuer.

Les plans de relance doivent permettre de maîtriser les infections et de rebâtir des économies durables. Cependant, ils doivent aussi reconnaître que nos avenirs sont liés et que nous sommes tous vulnérables dans ce monde profondément interrelié et pourtant profondément inégal que nous avons créé.

* Vanessa MacDonnell, Sophie Thériault et Sridhar Venkatapuram sont trois des rédacteurs du livre Vulnérable : Le droit, les politiques publiques et les questions d’éthique de la COVID-19 (Presses de l’Université d’Ottawa, juillet 2020)