En réponse au texte de Stephen A. Jarislowsky, « Le C. A. a pris la bonne décision », publié le 20 juillet

MONIQUE JERÔME-FORGET MONIQUE JERÔME-FORGET
Ex-ministre des Finances et ex-présidente du Conseil du trésor

J’ai lu votre réponse à ma lettre avec un certain sourire, pour ne pas dire un sourire certain.

Vous affirmez sans broncher que d’anciens présidents du conseil d’administration du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) tels que Bernard Lamarre et Brian Levitt n’étaient que des « deux de pique » et que Michel de la Chenelière serait désormais le gourou de la gouvernance. Au cas ou vous auriez omis de lire les raisons invoquées par le conseil d’administration du MBAM dans son communiqué de presse, lequel a remercié Nathalie Bondil pour le climat de travail jugé « toxique », je recommande sa lecture.

Votre leçon sur la gouvernance ne m’émeut pas. Tout comme vous, je connais les règles qui relèvent du C. A., à savoir notamment embaucher et remercier le chef de la direction. À mon grand étonnement, vous vous permettez de soulever la direction qu’avait prise le MBAM par l’orientation que lui avait donnée Mme Bondil, et cela malgré le million de visiteurs que reçoit le Musée tous les ans, un exemple que relatent de nombreux directeurs de musées dans le monde. Je vous invite bien humblement à visiter la National Gallery à Londres ou le MOMA à New York pour vous rassurer quant à l’orientation que donnent aujourd’hui les directeurs des musées les plus prestigieux au monde. Je nomme ces deux musées, mais je pourrais vous en nommer des dizaines.

Dans votre plaidoyer, vous estimez que Mme Bondil a dévié de la vocation du MBAM en excluant supposément l’importance de sa propre collection. Serait-ce plutôt votre frustration face au Musée qui a refusé votre collection personnelle à la suite de la décision des conservateurs, tout comme ceux de la Vancouver Art Gallery qui l’ont, eux aussi, refusée ?

Quant au huis clos, je sais tout comme vous qu’à la fin d’un conseil d’administration, il est coutume et recommandé de tenir un huis clos. Mais ce que j’ai mentionné dans ma lettre est le fait que le conseil s’est très souvent réuni sans la présence de la directrice et, qui plus est, sans la présence de la directrice lors du choix final d’une subalterne de Mme Bondil. Cette dernière a été exclue lors du choix final du comité de sélection. Selon vous et votre expertise en gouvernance, cette démarche était conforme à vos principes. Eh bien, pas les miens ! Vous parlez de vérification interne, laquelle se rapporte directement au conseil d’administration. Mais quel lien y voyez-vous avec la façon dont on a remercié Mme Bondil ?

Au fait, je ne suis pas surprise le moins du monde de votre propos. Je me rappelle très bien une autre de ces annonces alors que vous affirmiez publiquement « que la place des femmes était à la maison pour s’occuper des enfants ». Rien de moins. Comme vous le souhaitiez, Mme Bondil est à la maison. Et pour vous rassurer, le jour de son départ, on lui a enlevé son téléphone et son adresse courriel si bien qu’on ne pouvait plus communiquer avec elle. Au fait, certains journalistes ont communiqué avec moi pour avoir ses coordonnées, car il était impossible de communiquer avec elle.

Quant aux qualités exceptionnelles de grand gestionnaire que vous accordez à M. de la Chenelière, je pense qu’il est évident pour tout le monde que sa gestion de ce dossier illustre parfaitement la faiblesse de la démarche qu’il a utilisée pour remercier cavalièrement cette dernière en transformant ce départ en saga populaire.

Je maintiens toujours que Michel Nadeau, auquel j’ai fait référence dans mon texte du 14 juillet, devrait vous rafraîchir au sujet des bons principes de gouvernance. Quant à moi, « votre jupon dépasse ».

> Lisez « Le C. A. a pris la bonne décision »
> Lisez « Départ de Nathalie Bondil : un problème de gouvernance »