En réponse au texte du consul général de Chine à Montréal, « Une loi bénéfique pour Hong Kong », publié le 17 juillet

JONATHAN LACHAPELLE
Montréal

Vendredi dernier, La Presse a publié une lettre du consul général de Chine à Montréal, Chen Xueming, dans laquelle il vantait les mérites de la Loi sur la sécurité nationale qui a été imposée à Hong Kong le 30 juin dernier. Or, le texte de M. Chen comporte plusieurs énoncés qui sont pour le moins trompeurs.

Comme la Loi sur la sécurité nationale pourrait mettre en péril la sécurité des Canadiens à Hong Kong ou faisant escale à Hong Kong, il est de mise de corriger ces inexactitudes afin de transmettre aux lecteurs une compréhension correcte de la Loi, de son contexte ainsi que ses implications.

Dans son texte, M.  Chen prétend que la loi a été l’objet de « consultations sérieuses ». Or, les individus mentionnés par M.  Chen ne sont en fait que des membres non élus des divers organes de l’État-parti chinois et de l’exécutif de Hong Kong, dont la survie professionnelle dépend entièrement de leur volonté d’acquiescer à Pékin.

Pour ce qui est des quelques « représentants des milieux juridique, commercial, financier, éducatif, technologique, culturel, religieux, des jeunes, des travailleurs ainsi que des organisations sociales et des groupements régionaux », ceux-ci ont été pigés à même les organisations reliées au « Front uni » du Parti communiste chinois, dont la fonction est précisément de faire avancer les intérêts de Pékin sur le sol chinois et étranger. D’ailleurs, durant la rédaction du projet de loi, les émissaires de Pékin à Hong Kong ont catégoriquement refusé de relayer les opinions et les suggestions de quiconque s’opposait à la Loi. Bref, les « consultations sérieuses » ne se qualifient même pas de consultations dans le sens propre du mot. Elles ne sont ni plus ni moins qu’un cirque visant à tromper les esprits crédules.

M. Chen fait aussi référence à une pétition qui aurait été signée par quelques trois millions de Hongkongais « pour soutenir la promulgation de la Loi ». Premièrement, ces chiffres impressionnants sont ceux qui ont été fournis par les tabloïds de propagande de l’État chinois. Des médias plus crédibles ont non seulement fait part d’un nombre beaucoup moins élevé de signatures, mais ont aussi observé des pratiques douteuses en lien avec cette pétition. Par exemple, plusieurs kiosques installés à Hong Kong recueillaient des signatures en échange de produits très demandés dans le contexte de la pandémie de COVID-19, dont des masques et des produits désinfectants. De plus, ces médias ont remarqué que la grande majorité des signataires en ligne ne provenait pas de Hong Kong, mais plutôt de la Chine continentale ou de l’étranger. Pire encore, certaines personnalités connues ont été contraintes de signer la pétition sous peine de sanctions économiques. Par exemple, la HSBC avait au départ hésité à signer la pétition, mais a cédé à la suite des pressions de l’ancien chef de l’exécutif de Hong Kong, Leung Chun-ying, qui appelait les clients pro-loi à retirer leur argent et à boycotter la banque. Inutile de mentionner qu’une pétition signée sous l’intimidation et la tromperie n’a aucune validité.

Mouvement de solidarité

M.  Chen soutient que « les jours heureux de Hong Kong se sont évaporés » dans le cadre du mouvement prodémocratie de 2019. Pourtant, loin d’être un épisode malheureux dans l’histoire de Hong Kong, le mouvement de 2019 a été un exemple de solidarité sans précédent, l’éclosion du désir d’une société de se prendre en main, l’éveil d’un peuple qui rappelait en plusieurs points la Révolution tranquille du Québec.

Ce n’est donc pas le mouvement comme tel, mais bien sa répression par la Loi sur la sécurité nationale qui est tragique.

M. Chen affirme que la Loi « ne vise que quatre catégories de crimes, à savoir la sécession, la subversion du pouvoir de l’État, le terrorisme, et l’ingérence étrangère ». Au Québec, que nous soyons fédéralistes ou souverainistes, nous savons fort bien que l’autodétermination, voire l’indépendance nationale est un droit fondamental des peuples qui doit être soutenu par des normes et des procédures démocratiques plutôt que de se voir criminalisé. Manifestement, M. Chen a cogné à la mauvaise porte en vantant ainsi les mérites d’une telle loi aux lecteurs québécois. Pour ce qui est de la subversion, il est à noter que dans le contexte chinois, ce crime inclut toute contestation du règne du Parti communiste chinois, donc tout appel à la démocratisation. La loi définit aussi le terrorisme de façon tellement large que tout trouble de l’ordre public pourrait être considéré comme un acte terroriste. Il en va de même pour ce qui est de l’ingérence étrangère, qui peut se rapporter à toute critique du système politique chinois par des étrangers.

M.  Chen soutient que « le temps et les faits prouveront la valeur de la Loi » et prétend que « les droits et les libertés dont les Hongkongais jouissent ne changeront pas ». Mais il n’est pas nécessaire d’attendre plus longtemps pour constater les effets néfastes de cette loi. Dès le 1er juillet, plusieurs manifestants se sont fait arrêter en relation avec la Loi pour avoir été en possession de simples drapeaux ou autocollants portant les slogans du mouvement prodémocratie de 2019.

Élections truquées

Le week-end dernier, l’organisation de primaires informelles par les partis prodémocratie visant à jauger les intentions de vote des électeurs en vue des législatives de septembre a été qualifiée par Pékin d’entrave sérieuse à la Loi sur la sécurité nationale. À noter que les élections à Hong Kong sont fortement truquées en faveur de Pékin, puisque seulement environ la moitié des députés sont élus par suffrage universel, l’autre par des intérêts pro-Pékin du même type que ceux qui ont été soi-disant « consultés » sur le projet de Loi sur la sécurité nationale. Selon Pékin, l’obtention d’une proportion des sièges permettant aux démocrates d’imposer son veto au budget et possiblement de paralyser l’exécutif non élu de Hong Kong constituerait un acte grave de subversion des pouvoirs de l’État. Gagner, de façon parfaitement honnête, des élections truquées et conçues pour être ingagnables, et exercer ses fonctions parlementaires : un nouveau crime majeur à Hong Kong, gracieuseté de la Loi sur la sécurité nationale !

Bref, la Loi sur la sécurité nationale de Hong Kong — tout comme le régime qu’elle protège — n’a aucune légitimité et ne peut que faire reculer la démocratie, l’autonomie et les droits de l’homme à Hong Kong.

Lisez « Une loi bénéfique pour Hong Kong »