L’événement récent impliquant la mort des deux fillettes, Norah et Romy, bouleverse le Québec tout entier. Mais comment peut-on explique le meurtre d’enfant commis par un parent ? Probablement par un ensemble de facteurs, mais, parmi eux, assurément une grande colère qui motive un besoin de vengeance. Or, pour ces hommes en conflit de séparation, la colère est telle qu’ils arrivent à concevoir la mort de leurs enfants pour que l’autre conjoint arrive à ressentir le même niveau de détresse. Mais dans cette folie meurtrière, la vie des enfants n’est malheureusement pas considérée. Dans ce cheminement qui mène au meurtre d’enfants, plus aucun rationnel ne tient la route.

Frankie Bernèche Frankie Bernèche
Professeur de psychologie

Chez les hommes violents, on remarque souvent des états de colère et d’extrême sensibilité au rejet. Ces individus qui viennent généralement de milieux familiaux violents et rejetant, ont développé une grande anxiété qui les prédispose à des troubles d’adaptation sociale et particulièrement à de grandes difficultés à vivre une intimité de couple à l’âge adulte. En fait, leur handicap affectif favorise leur isolement et cet isolement réactive fortement leur passé d’enfant rejeté. C’est ainsi qu’ils se retrouvent dans un cycle perpétuel de rejet, d’isolement et de détresse psychologique.

Pour un homme sans histoire familiale perturbante, la fin d’une relation peut être très difficile (comme pour une femme), mais une fois le deuil passé, il devient possible de voir la lumière au bout du tunnel. Toutefois pour ceux plus perturbés, une relation conjugale qui se termine ne peut pas être acceptée. Pour eux, cela est intolérable sur le plan affectif, car cet événement réactive trop de détresse refoulée depuis l’enfance.

Changer le cycle de la violence

Il n’y a malheureusement pas de « pilule miracle » qui fera que l’évènement tragique qui vient de se passer n’arrive jamais plus. Toutefois, nous pouvons proposer des pistes de changement. Une première étape est d’amener ces hommes à prendre conscience de leur passé qui active constamment leur colère et soif de vengeance.

Une fois conscients de leur état, ils doivent réaliser que leurs réactions émotives en situation de stress n’ont rien à voir avec l’autre devant eux, cette réaction leur appartient totalement.

Oui, la situation stressante est générée par une interaction avec l’autre (ex. : une décision de la conjointe de mettre fin à la relation), mais leur réaction de peur intense liée à cette situation ne la concerne pas. Cette peur leur appartient. Autrement dit, ce n’est pas le comportement de leur conjointe qui est responsable de leur détresse, mais bien leur façon de penser et de ressentir cette situation. En fait, la personne en détresse doit arriver à comprendre que la seule implication que les autres ont dans leur problème, c’est qu’ils réactivent leurs vulnérabilités sans le savoir. Ils n’en sont aucunement responsables. Ainsi, l’homme violent passe d’une perception de contrôle externe (« les autres sont la cause de mon problème, je suis donc justifié de me venger ») à une perception de contrôle interne (« mon passé en est la cause »).

Ainsi, je ne m’attends pas à ce que les autres changent quoi que ce soit. C’est à moi de changer et tout le reste changera. En fait, l’autre qui me confronte à ma peur est même indispensable à ma guérison. Il me ramène sans cesse à prendre conscience de mes pensées et émotions erronées.

Il est important, pour chacun de nous, de prendre le temps de nous attribuer un contrôle interne dans ce que nous vivons. Nous devons comprendre et ressentir que nous sommes la clef du changement, qu’il ne faut pas attendre après les autres pour s’améliorer et atteindre la paix intérieure. Les autres n’ont que des rôles secondaires, vous détenez le rôle principal. Tous les éléments qui composent votre réalité changeront si vous apprenez à vous responsabiliser de vos souffrances. Réalisez à quel point les personnes qui vous confrontent à vos limites sont importantes, car sans elles nous ne seriez pas sollicité à changer, à évoluer. Chaque crise est une occasion de changement.