Aujourd’hui, le 9 juillet 2020, le départ annoncé de notre maison est officialisé. Durant les deux prochaines journées, une pelle mécanique et des ouvriers travailleront à démolir notre maison inondée au printemps 2019.

MÉLANIE DEMERS MÉLANIE DEMERS
Psychoéducatrice et étudiante au doctorat en éducation

Dans les derniers jours, nous nous sommes affairés à vider les derniers effets personnels. À plusieurs reprises, nous avons fait le tour de chaque pièce, et il était inévitable que plusieurs souvenirs remontent à nos pensées. Le 26 avril 2019, nous ne savions pas que c’était notre dernière nuit, notre dernière journée dans le confort et le réconfort de notre foyer. Aujourd’hui, ces murs, ce paysage et les aires de notre maison ne seront plus qu’un souvenir.

Comme dans toute perte, il est important de pouvoir dire au revoir, à sa façon et selon ses convictions personnelles, à l’être cher, à l’être aimé. J’ai eu tort de penser que ma maison n’était qu’une perte matérielle. Je peux affirmer maintenant qu’elle est une entité, un tout. Elle jouait un rôle bien précis, celui de protéger les membres de ma famille, d’apporter du réconfort, de la chaleur, d’y vivre des émotions, d’y grandir, d’y rêver.

Une maison contribue à produire des souvenirs aux humains qui y habitent. Lorsqu’une maison disparaît d’une rue, ce n’est pas uniquement la famille qui est endeuillée, mais aussi tout un quartier.

Dans tout le processus lié au recouvrement des sinistrés, je déplore qu’aucune stratégie gouvernementale concrète et consacrée aux citoyens touchés par les inondations n’ait été mise en place. Ajoutons à cela la situation actuelle de la pandémie où des milliers de personnes ont perdu des êtres chers, notamment dans les CHSLD. Le même scénario se répète : quand serons-nous en mesure de prioriser la santé mentale de la population ?

Comme société, nos autorités gouvernementales se doivent de mettre en place des initiatives de prévention et d’accompagnement des personnes qui en nécessitent le besoin. Car après chaque crise, après chaque catastrophe, l’humain qui reste est fragilisé et plus vulnérable. Dans les conditions actuelles, le manque d’initiatives d’intervention et de prévention en santé mentale auprès de la population québécoise et canadienne m’apparaît comme un facteur de risque contribuant à la détérioration de la santé physique de chaque individu.

Au moment où vous lirez ces mots, je serai avec ma famille aux premières loges de la disparition de notre maison.

J’ai la chance d’être une professionnelle de l’adaptation et d’accompagner ma famille dans cette épreuve, dans cette étape charnière de notre vie. Dans les derniers jours, nous avons eu la chance de laisser une trace écrite de nos souvenirs sur les murs de notre maison. À notre façon, nous avons fait un rituel significatif afin de débuter notre deuil : nous l’avons ainsi remercié de la protection et de la chaleur apportées durant toutes ses années.

Le 9 juillet 2020, notre maison laisse dans le deuil tous les membres de la famille qui y ont habité, soit Marcel, Louise, Mélanie, Luc, Louisanne, David, Juliette et Gaétane, d’autres qui l’ont côtoyée et visitée ainsi que les citoyens à proximité et ceux de son quartier.