En ce moment, la science est incapable de déterminer si une seconde vague est à la porte. C’est une possibilité qu’il faut envisager. À ce propos, la petite histoire récente des arachides dans les écoles peut nous éclairer. On y trouve le portrait d’une tentation qui nous guette et donc une leçon fort utile.

Bernard Brunet Bernard Brunet
Professeur de philosophie à l’UTAQ à la retraite et membre fondateur du Cercle du savoir de Québec

Voici l’histoire. Certains enfants sont allergiques aux arachides. Il s’agit d’une allergie sérieuse dont les effets vont jusqu’au choc anaphylactique. La réponse de plusieurs commis­sions scolaires et de direc­tions fut aussi bienveillante que malen­contreuse. En gros, elle consiste à interdire à tous les enfants d’apporter à l’école quelconque nourriture pouvant contenir des arachides. La liste est longue : elle va des sandwiches au beurre de pinottes aux barres de chocolat en passant par des mets asiatiques et certains produits de boulangerie. Dans le but de protéger moins de 1 % des élèves, on interdit plusieurs aliments prisés et qui ne sont pas dangereux pour les 99 %. Au lieu de responsa­biliser comme il faut les enfants allergiques en les avertissant d’éviter les échanges de nourriture et d’avoir toujours leur Epipen à portée de main, on exige que tous les autres modifient leur alimenta­tion. Chose surprenante, on n’est pas peu fier de cette solution sens dessus dessous. On avance la justification qu’il vaut mieux pécher par excès de prudence que son contraire. Mais il y a des excès de prudence qui cachent des effets secondaires indésirables, ainsi que des alternatives plus mesurées.

En début d’épidémie, les autorités publiques ont confiné les popu­lations entières. Il fallait agir vite et prendre le maximum de précautions. Le contraire eût été irresponsable. On croyait alors que tout le monde était à risque. Avec les images des hôpitaux italiens et espagnols débordant de toute part, nous étions persuadés que le virus était beaucoup plus meurtrier et moins sélectif. Mais notre perception s’est corrigée avec le temps.

On connaît à présent qui sont les gens à risque. Il s’agit surtout des personnes âgées, puis celles qui ont certaines conditions préexistantes. Si ces personnes sont vulnérables, les autres ne le sont que dans des cas exceptionnels. Maintenant que la situation s’éclaircit, il faut avoir le courage de s’y adapter.

Nous voilà ramenés à l’histoire des arachides. Évitons la confusion dans les moyens et intervenons en ciblant les bonnes personnes. Que les rôles soient bien clairs. C’est au petit nombre de gens vulnérables de prendre les mesures pour se protéger. Le rôle de la Santé publique est de bien les identifier pour les conscientiser de leur situation périlleuse. Les autres doivent leur offrir le soutien – médical, financier et autre – pour les aider à se mettre à l’abri. Dans les mois à venir, évitons de nous y prendre à l’envers. Gardons-nous de la tentation de vouloir éradiquer l’arachide/virus de la population entière. Laissons vaquer à leurs occupations le grand nombre de gens qui courent peu de risques. Ne dépensons pas notre énergie et une fortune à vouloir prémunir tout le monde contre un virus qui est sans danger pour la plupart des gens. Mettons plutôt nos efforts à protéger les aînés et les autres pour qui la COVID-19 est une vraie menace.