Il y a plus de trois mois, on demandait aux Canadiens de rentrer à la maison et d’y rester.

Louise Bradley Louise Bradley
Présidente-directrice générale, Commission de la santé mentale du Canada

Ceux d’entre nous qui le pouvaient l’ont fait, abandonnant nerveusement les espaces publics et se coupant du monde extérieur.

Au cours des semaines de confinement qui ont suivi, les raisons de se sentir anxieux furent nombreuses. La distanciation physique nous a coupés de nos proches, de notre routine et, dans certains cas, de nos moyens de subsistance.

Mais à mesure que le déconfinement s’accélère un peu partout au pays, une foule de nouvelles craintes et sources d’anxiété font surface. Pour un bon nombre d’entre nous, cela signifie qu’il faut faire face à l’anxiété du retour ou de la rentrée.

L’on peut s’attendre à ce que les réactions de stress liées à la reprise des activités tombent dans deux catégories.

La première est liée aux inquiétudes constantes générées par la COVID-19 elle-même. Sans vaccin, ces inquiétudes ne sont pas près de partir. Plus les règles de distanciation s’assouplissent, plus les gens doivent revoir les normes sociales, réévaluer ce qui constitue une activité sécuritaire et gérer leur crainte d’une deuxième vague.

Pour réduire cette forme d’anxiété, il faudra tout d’abord réapprendre comment gérer le risque de manière appropriée puisque le contexte de la pandémie nous avait forcés en retraite totale.

Or, l’outil le plus important dont nous disposons pour les risques associés au désenclavement médical demeure les conseils émis par les autorités de santé publique. Bref, nous devons continuer de nous laver les mains, de maintenir une distanciation physique appropriée et porter un masque non médical lorsque nous nous trouvons dans des espaces restreints.

Mais pour bien des personnes, l’anxiété liée aux risques de nature médicale, s’ajoute l’anxiété liée a l’incertitude économique et sociale

Ces personnes luttent peut-être contre l’anxiété sur deux fronts.

En plus de devoir atténuer les risques pour leur santé physique, elles peuvent se trouver confrontées à un marché du travail instable ou devoir apprendre à vivre avec un seul revenu.

De plus, tandis que beaucoup d’entre nous accueillent avec soulagement l’assouplissement des restrictions sociales, certaines personnes aux prises avec un trouble d’anxiété sociale pourraient vivre une aggravation de leurs symptômes à l’idée d’être exposées à plus d’interactions.

Peu importe ce qui la déclenche, l’anxiété peut avoir des effets débilitants si elle n’est pas traitée adéquatement.

Les études en la matière montrent que le meilleur traitement qui soit s’avère être l’exposition graduelle, ce qui consiste à être doucement confronté à ce qui nous effraie. L’exposition réduit l’anxiété en nous forçant à réajuster notre tolérance au risque et, ultimement, à réduire le degré de menace perçue au fil du temps.

À mesure que les restrictions sont levées, il importe donc de se rappeler que tout le monde n’est pas touché de la même manière par la reprise des activités.

Cela sera particulièrement vrai pour les employeurs qui invitent leurs travailleurs à revenir dans des environnements intérieurs, qu’il s’agisse de restaurants, de commerces au détail ou de grands immeubles de bureaux. Il se peut que des employés aient peur, alors il est essentiel de soutenir efficacement leur retour au travail avec sensibilité afin de mettre la reprise économique sur des bases solides.

À l’intérieur comme à l’extérieur du milieu de travail, il importe de modérer ses attentes pour compenser l’anxiété liée à la réouverture.

Qu’il s’agisse de se préparer mentalement à la distanciation sociale lorsqu’on sort pour faire des courses ou de se renseigner sur ce à quoi il faut s’attendre lors de son prochain rendez-vous chez le coiffeur, il ne faut pas sous-estimer la valeur de la préparation.

Par-dessus tout, il faut continuer d’être patient avec soi-même et avec les autres. S’il vous arrive d’avoir les « nerfs à fleur de peau », ou de vous sentir irritable, frustré, triste ou déprimé, n’oubliez pas que c’est tout à fait normal.

En revanche, si ces sentiments persistent pendant plus de deux semaines ou deviennent plus aigus, il pourrait être utile d’obtenir l’aide d’un professionnel.

Notre solidarité sociale et nos efforts collectifs nous ont permis aujourd’hui d’ouvrir à nouveau nos portes. Mais ce sont les gestes individuels, à commencer avec l’acceptation d’une anxiété tout à fait normale, qui nous permettront de nous ouvrir prudemment au monde, une étape à la fois.