En ces temps de pandémie, j’ai une pensée pour les centaines d’employés de la Santé publique qui travaillent d’arrache-pied à élaborer des stratégies de dépistage, de retraçage, à développer des programmes de promotion de la santé, des mesures de prévention des infections et à mener de vastes campagnes de vaccination.

Benoit Gareau Benoit Gareau
Président du Groupe Espace Santé

La Santé publique foisonne de héros qui travaillent dans l’ombre et mènent des combats épiques pour éradiquer bon nombre de maladies chroniques et d’infections létales.

Le 16 mai, nous apprenions le décès d’un de ces héros, le DFernand Turcotte. Le DTurcotte était de tous les grands combats de santé publique. Il a poussé l’audace jusqu'à confronter les géants du tabac, les sociétés minières d’amiante et de nombreux conglomérats qui produisent des produits toxiques.

Grâce à ces spécialistes, la Santé publique a pu réaliser de grands gains au cours des dernières décennies sur le plan de la qualité et de l’espérance de vie des Québécois. Le Québec a longtemps été un fleuron de la santé publique au Canada.

La réforme Barrette

En 2015, stupéfaction générale, le gouvernement Couillard, avec la réforme de son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, décide de mettre la hache dans la santé publique et retire 30 % de son budget de fonctionnement. Des postes sont abolis et il y a perte d’expertise et rupture de services avec le départ de nombreux employés. La débandade est importante. Pour plusieurs experts, la santé publique aurait dû représenter 5 % du budget de la santé ; elle correspond maintenant à peine 2 % du budget.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Gaétan Barrette, ex-ministre de la Santé

Dans un texte de La Presse du 29 mai, la journaliste rapporte qu’avec la réforme, les directeurs régionaux de santé publique ne relèvent pas de l’autorité du sous-ministre à la santé publique, le DHoracio Arruda, mais bien d’un directeur général adjoint d’un Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS). Et que du personnel de santé publique est éparpillé dans des entités séparées du CIUSSS.

Durant la première vague de COVID-19, la coordination de nombreuses activités relevant de la santé publique était à ce point difficile que le sous-ministre a dû émettre une directive pour que tout le personnel dispersé soit rapatrié aux directions régionales de santé publique.

Placer la table

La cacophonie du réseau de santé à Montréal durant la crise de la COVID-19 a aussi poussé le gouvernement à revoir l’arrimage du territoire, séparé en cinq CIUSSS avec une direction régionale de santé publique reléguée à un rôle de second plan. Ainsi, une table intersectorielle aura comme mandat de coordonner les actions des différentes entités territoriales de santé et de faciliter la collaboration avec la Santé publique.

La table aura plusieurs objectifs : suivre l’évolution des hospitalisations, aider à coordonner les mesures de prévention des infections et de gestion des éclosions, suivre la situation dans les CHSLD et dans les résidences pour aînés, s’assurer de l’état de la main-d’œuvre, de l’approvisionnement en équipements de protection, assister au dépistage et au retraçage et avoir à l’œil l’évolution du confinement.

Cette table est une première étape d’une nouvelle gestion du réseau de la santé à Montréal, où la Santé publique jouera son rôle.

Se préparer, se préparer, se préparer

En attendant une deuxième vague de COVID-19, le gouvernement a besoin de préparer le réseau de la santé. La collaboration entre les établissements de santé doit être améliorée, les meilleures pratiques mises en place, les mesures de contrôle des infections soutenues et les centres de soins de longue durée mieux protégés. De plus, la Santé publique doit penser à tous les scénarios, toutes les stratégies possibles pour contrer le virus.

Un politicien disait : on va à la guerre avec l’armée qu’on a, pas avec celle qu’on aimerait avoir. Maintenant que la première vague semble s’essouffler, travaillons à préparer le réseau de la santé et à restaurer une Santé publique forte avec des officiers de santé publique en grand nombre pour avoir l’armée que l’on veut et en finir avec le virus du SARS-COV-2.

Le Québec doit redevenir un fleuron de la santé publique au Canada et, pour ce faire, nous avons besoin de ces héros de l’ombre. Cette déroute du réseau de la santé dans la grande région de Montréal ne doit plus jamais se produire.

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