Pour le milieu de la culture, la prolongation de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) a été une nouvelle formidable qui nous a grandement soulagés. Cela dit, cette PCU a été mise sur pied en période de confinement et, bien qu’elle ait été ajustée pour permettre de gagner 1000 $ de plus en travaillant, elle reste tout de même mal adaptée à notre réalité actuelle.

Emmanuelle Néron Emmanuelle Néron
Styliste et directrice artistique*

Puisque le but du gouvernement est d’aider les gens à reprendre le travail et à repartir l’économie, il serait important d’utiliser les outils déjà mis sur pied, comme la PCU. Cela dit, il faut faire attention de ne pas créer le résultat contraire en la prolongeant aveuglément.

Depuis le début de la pandémie, j’ai été optimiste, convaincue que le gouvernement ferait le nécessaire pour aider ceux et celles qui, comme moi, se sont retrouvés sans travail. Quand le programme d’aide temporaire aux travailleurs (PATT) a été annoncé, je me suis réjouie, avant de réaliser qu’il excluait la majorité de ceux d’entre nous qui avions tout arrêté afin de diminuer les risques de contracter ou propager la COVID-19.

Puis est venue l’annonce de la PCU. Quelle bonne nouvelle ! Cette initiative nous a permis de passer à travers les derniers mois, ce qui a été un cadeau précieux. Ensuite est venue la deuxième initiative du 1000 $ de revenus permis pour les travailleurs autonomes. C’était un ajout grandement apprécié qui démontrait à nouveau que le gouvernement prenait en considération la réalité des travailleurs non salariés.

Ces dernières semaines, j’ai pu reprendre un contrat qui avait été suspendu à cause de la pandémie. J’ai aussi été contactée pour remplacer une équipe de Toronto qui ne pouvait plus faire le déplacement à cause des restrictions.

Je me considère comme chanceuse d’avoir pu travailler, mais la réalité est que mon travail est beaucoup plus difficile, exigeant et inquiétant qu’avant.

Je perds des heures à faire des files pour entrer dans les boutiques et pour passer aux caisses, tout ça pendant que je suis entourée de beaucoup trop de gens qui semblent ignorer le contexte actuel. Je n’ai plus accès à tous les produits d’avant. Les endroits de location demeurent fermés. Les commandes en ligne ne sont plus fiables et prennent des semaines, voire des mois à arriver. C’est une nouvelle réalité que je comprends et que j’accepte.

Je continue à adorer mon travail, qui a toujours été demandant psychologiquement et physiquement, mais avec les règles de déconfinement, je termine maintenant mes journées complètement épuisée. Puisque je touche à tout, je me sens responsable d’assurer la sécurité de chacun. Je dois jongler mille et une choses, penser à chaque élément de mon travail, en plus de chacun de mes gestes et de ceux des gens avec qui je crée. C’est ma réalité et chaque métier a la sienne. Nous sommes tous dans la même situation.

La bonne nouvelle, c’est que le travail recommence. Cela dit, pour le milieu des arts, la reprise se fait lentement. Pour les travailleurs autonomes du milieu, cela signifie aussi que rien n’est assuré. On peut avoir un travail cette semaine, puis rien pour un mois ou plus, car il y a peu de contrats et plus de gens qui se les partagent. Chaque offre devient donc une bénédiction et un coup de dé, car il y a toujours un risque que l’on se retrouve avec moins de revenus qu’avec le 2000 $ de la PCU, 3000 $ incluant le 1000 $ permis. Si l’on accepte un contrat qui nous paye 1200 $, on croise les doigts qu’un deuxième viendra et qu’il nous rapportera au moins 800 $.

Ce n’est pas surprenant de commencer à entendre que certaines personnes préfèrent refuser les offres ou travailler à temps partiel pour rester sous le 1000 $ permis plutôt que de se fatiguer à reprendre le travail et faire moins d’argent à la fin du mois. Par conséquent, les milieux ont de la difficulté à reprendre une activité régulière, les travailleurs cherchent des employés à temps plein et quand cette crise sera terminée, on devra tous, en tant que société, payer pour les abus de ceux qui préfèrent profiter d’une vacance payée. Voilà donc où se trouve la faille de la PCU.

Il y a pourtant une solution plus efficace et plus rapide. Présentement, un travailleur autonome a le droit de faire 1000 $ et de recevoir la PCU de 2000 $, pour un total de 3000 $. Je propose donc que le montant maximal de revenus passe de 1000 $ à 3000 $ et que si le travailleur fait moins que ce 3000 $, la différence soit couverte par le gouvernement, grâce à la PCU. De cette façon, on inciterait les gens à retourner travailler pour avoir un 1000 $ de plus que s’ils continuaient de recevoir la PCU et le gouvernement débourserait moins que 2000 $ par travailleur.

De plus, puisqu’ajuster la PCU par rapport aux revenus de chacun est plus complexe que de simplement envoyer un montant arrondi de 2000 $, il est préférable de garder cette procédure en place. La différence devrait plutôt venir au moment des rapports d’impôts.

Il serait facile de rajouter quelques lignes au prochain rapport d’impôt pour y ajouter les montants perçus de la PCU et ceux venant des revenus de travail durant la période de pandémie. Ainsi, les gens pourraient inclure leur retour d’argent reçu en trop en même temps que leur paiement. Le gouvernement retrouverait donc son argent et les travailleurs bénéficieraient, en quelque sorte, d’un « prêt pandémique » qui leur permettrait de pouvoir recommencer à consommer plus librement et dès maintenant.

C’est simple et tout le monde serait gagnant : travailleurs, employeurs, gouvernement et société. Ajuster la PCU de sorte qu’elle rapporte davantage au gouvernement ET aux travailleurs qui la reçoivent, faciliterait la reprise du travail des travailleurs autonomes et par conséquent, la reprise de l’économie.

* L’auteure travaille principalement avec les photographes, sur les plateaux de tournage à plus petite échelle et en événementiel.