Depuis quelques mois, nous sommes tous témoins du réveil collectif envers l’importance d’encourager les entrepreneurs québécois. C’est un secret pour personne ; les excellentes performances économiques qu’a connues le Québec ces dernières années fondent comme neige au soleil.

Nicolas Duvernois Nicolas Duvernois
Entrepreneur et président fondateur de Duvernois

Des géants du Québec Inc. déposent bilan, tremblent, se questionnent. Commerce de détail, restauration, hôtellerie, divertissement, transport, tourisme bref, l’immense majorité des industries doivent se réinventer, innover et trouver une manière de survivre à la crise des derniers mois.

C’est face à ce constat que j’ai eu l’idée d’approcher les Rôtisseries St-Hubert afin de leur faire une offre qui, j’en étais convaincu, allait résoudre plusieurs problématiques d’un seul coup !

L’idée était simple. À l’achat d’un repas, nous voulions offrir la possibilité aux clients de pouvoir également commander une de nos cannettes de cocktails prêts à boire, un peu comme on peut commander une bouteille de vin ou de la bière.

St-Hubert ajoutait un nouveau produit québécois à son offre, nous espérions compenser la baisse de vente de la catégorie prêts à boire (dû à l’interdiction des festivals, salles de spectacles, regroupements…) et la SAQ allait en profiter pour la simple et seule raison que tout achat d’alcool passe obligatoirement par eux.

Malheureusement, en raison d’un micro-détail législatif, notre collaboration a été rapidement stoppée et interdite par la Régie des alcools des Courses et des Jeux (RACJ). Puisque notre prêt-à-boire est à base d’alcool éthylique (obtenu par distillation), la loi ne nous permet pas la vente et livraison de notre produit. Cependant, elle le permet aux prêts à boire dont l’alcool est à base d’alcomalt (obtenu par fermentation du malt). Microdétail vous dites ?

Notre collaboration est exactement ce dont le Québec a besoin afin d’avoir une chance d’éviter une catastrophe économique. Des entreprises d’ici, en temps de crise, qui innovent, réfléchissent, prennent des risques afin de garder la tête hors de l’eau.

Si seulement cette interdiction était en raison du volume trop grand de mon contenant ? Non, ma cannette en est une de 250 ml, le tiers d’une bouteille de vin…. En raison du taux d’alcool dans le produit ? Non, notre gin tonic titre à 7 %, la moitié moins qu’une bouteille de vin… En raison du taux de sucre trop élevé ? Non, nos prêts à boire sont parmi les moins sucrés de la catégorie… En raison du manque de contrôle des inventaires de produits alcoolisés ? Non, la SAQ contrôle tout, en tout temps !

Voici l’exemple parfait, parmi des milliers, de la lourdeur administrative tant décriée depuis des années. Une lourdeur qui met aujourd’hui à risque notre propre économie en n’ayant absolument aucune flexibilité, rapidité d’esprit et de logique.

romeo’s gin ne veut pas avoir un passe-droit. St-Hubert ne veut pas avoir de passe-droit. Nous voulons simplement une chose : avoir le droit de se battre pour survivre.

Les restaurateurs du Québec font face au plus grand défi depuis l’ouverture du tout premier restaurant du Québec. Fermés depuis trois mois, ils sont, pour l’immense majorité, au bord du gouffre.

Pour ce qui est des producteurs de spiritueux au Québec, le défi est différent, mais tout aussi présent. Avec la fermeture des restaurants, bars, festivals et autres, et l’interdiction, contrairement aux vins, bières et cidres du Québec, de vendre ailleurs qu’à la SAQ, le fait de pouvoir livrer un prêt-à-boire lors de l’achat d’un repas n’est pas, on va se le dire, une demande démesurée.

Rares, surtout ces derniers mois, sont les fois où le Gouvernement a la possibilité d’annoncer une bonne nouvelle sans dépenser un seul sou ! Un simple amendement de la loi permettrait aux restaurateurs et producteurs d’alcool de la province de sourire, ne serait-ce qu’un moment, en dégustant une bonne poitrine de poulet avec un bon gin tonic à la main !