Il y a maintenant trois mois que perdure la crise sanitaire qui a entraîné plus de 5000 décès, occasionné le report de plus de 80 000 opérations et des dizaines de milliers d’examens et de rendez-vous.

Diane Francoeur Diane Francoeur
Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ)

Cette semaine, nous avons amorcé une reprise des activités dans les salles d’opération et les cabinets. Même s’il manque la moitié du personnel dans certains hôpitaux de Montréal, même si des lits d’hospitalisation sont occupés par des personnes guéries de la COVID qu’on ne peut pas retourner dans leur CHSLD, nous ferons le maximum. Nous recommençons à opérer, à tester, à traiter les cas « non urgents ». Notre premier message aux Québécois est : prenez rendez-vous, nous allons vous vous soigner.

Le poids humain de la crise sanitaire

En temps normal, il se fait 9000 opérations par semaine au Québec ; ce nombre a fondu de 75 %. La même chose s’est produite du côté des investigations : des mammographies, biopsies, endoscopies, bronchoscopies ont été reportées par milliers. Nous avons vu aussi, plusieurs fois, des patients craintifs qui ont tardé à se présenter à l’urgence ou qui ont annulé des rendez-vous, et qui ont subi des atteintes qu’on aurait pu limiter avec une intervention plus rapide. Pour ces raisons, pour ces personnes, pour prévenir ces douleurs, il faut absolument redémarrer les activités dans les hôpitaux et les cliniques. Vous courez plus de risques à demeurer chez vous et à laisser la maladie gagner du terrain.

Souplesse, innovation, collaboration

Le mot d’ordre chez les médecins spécialistes, c’est souplesse, innovation, collaboration. Ce qu’on faisait avant ne compte plus ; ce qui compte, c’est ce que nous pouvons faire maintenant. Si un patient ne peut pas être opéré dans l’hôpital où il est suivi, on ira peut-être ailleurs.

S’il manque une partie du personnel, nous travaillerons en équipe pour compenser. Lorsque ce sera possible, comme on l’a proposé au gouvernement, on opérera dans les cliniques privées. Ce sera la meilleure solution au meilleur endroit : à l’hôpital si nécessaire, en clinique si possible, à domicile si le risque est trop grand ou en ligne, par télémédecine, quand le cas le permet.

Dans ce contexte inédit, la visite de chaque patient supposera une planification minutieuse, un parcours sécurisé et l’affectation d’un personnel en forte demande.

Le respect des rendez-vous et des horaires sera prioritaire. La transparence sur tout contact avec la COVID-19 sera essentielle pour la sécurité de tous. Nous nous donnons comme consigne de contacter chaque patient la veille pour confirmer sa présence et répondre à ses inquiétudes.

Opérer, tester, traiter avant une deuxième vague

Nous croyons possible d’atteindre dans les prochaines semaines un niveau d’activité élevé : nous visons 70 % dans le Grand Montréal et près de 100 % ailleurs au Québec. Nous allons opérer, investiguer, traiter le plus possible, parce que trop de gens ont trop souffert dans leur corps et dans leur être de tous ces rendez-vous reportés. Il faut le faire maintenant et durant tout l’été ; il faut faire baisser cette énorme liste de cas accumulés pendant qu’on le peut, parce qu’il est toujours probable qu’une deuxième vague vienne à nouveau perturber les activités. On s’y met tous ensemble, y compris les patients et leurs proches.

La pandémie n’est pas terminée, mais nous devons y faire face, pour soigner les Québécois, en contrôlant les risques. Plus rien n’est comme avant, on peut faire mieux. Il faut faire vite.