Ça y est, le moment tant espéré vient enfin d’arriver !

Alain Stanké Alain Stanké
Journaliste, producteur et ex-éditeur

Comme des milliers de mes concitoyens respectueux des lois, je viens de me déconfiner, dans la joie et l’allégresse. Cette libération (encore conditionnelle) est la deuxième de ma vie et, comble d’ironie, elle est tombée le jour même où j’ai vécu mon premier déconfinement, il y a précisément… 75 ans !

Au moment de faire parcimonieusement mes premiers pas dans la rue, j’ai forcément repensé à ceux que j’ai faits le 6 juin 1945. C’était dans un camp de prisonniers. Ce jour-là, un cri de délivrance scandé inlassablement dans le micro m’a marqué pour la vie. « La guerre est finie ! », disait la voix. Les quatre premiers mots que j’ai appris en français.

À cause de mon âge doublement canonique (c’est-à-dire celui qui est le plus menacé par le coronavirus) lors la crise, j’ai souvent pensé à la mort.

Lorsqu’on m’a confiné de force (!) – à l’âge de onze ans – dans un camp de concentration, en Allemagne, j’avais aussi pensé à elle. En bon petit catholique (je venais tout juste de faire ma première communion), j’ai prié le Bon Dieu pour qu’il vienne me libérer. Hélas, mon adjuration a eu le même effet que l’hydroxychloroquine sur la COVID-19. Le Bon Dieu avait sûrement d’autres chats à fouetter.

Lors de mon premier confinement, la nourriture était tellement rare que j’ai failli mourir de faim. Lors de celui qui vient de prendre fin, j’ai pris du poids.

Lors de la première expérience, on m'a forcé à me confiner à la pointe du fusil. La seconde s’est déroulée, elle, dans le calme et la zénitude de mon salon en compagnie de ma femme, mon chat, mes livres, ma musique, ma télé, ma radio et mon ordi. Quant à la nourriture, aucune frustration à signaler. Bertrand, mon fidèle boucher, mon épicier et mon petit-fils Carl, ont livré à ma porte, avec serviabilité, tout ce dont nous avions besoin. Et, suprême gâterie, la SAQ en a fait autant !

Si ce n’est pas du bonheur, ça lui ressemble !

Les deux expériences n’ont rien de comparable toutefois avec le tout premier grand déconfinement de ma vie (comme dans la vie de tout être humain sur terre) qui, au bout d’une attente de neuf mois, nous a permis de naître au monde.