Les IXes Jeux de la Francophonie, qui devaient se tenir à Kinshasa en juillet-août 2021, ont été reportés à la demande des autorités congolaises. Ils vont finalement se dérouler du 19 au 28 août 2022, comme indiqué dans le communiqué de presse du Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF).

Isidore KWANDJA NGEMBO Isidore KWANDJA NGEMBO
Politologue

Parmi les raisons évoquées par le gouvernement congolais, il y a notamment la pandémie de COVID-19 qui ravage actuellement la quasi-totalité de la planète, mais aussi et surtout le report des Jeux olympiques de Tokyo en juillet 2021, ce qui coïncide avec les dates initialement prévues pour les IXes Jeux.

Il en est de même pour le Sommet de la Francophonie qui réunit les chefs d’État et de gouvernement tous les deux ans. Initialement prévu pour les 12 et 13 décembre 2020 à Tunis, notamment pour célébrer le 50e anniversaire de la Francophonie, le XVIIIe Sommet a également été reporté et délocalisé à Djerba en 2021, pour les mêmes raisons liées à la COVID-19.

Mais pour plusieurs États, le déménagement du sommet de la Francophonie, de Tunis à Djerba, est une source de grandes inquiétudes sur le plan sécuritaire, en raison de la proximité de la frontière avec la Libye qui est actuellement en proie à des luttes armées entre factions rebelles qui se livrent un combat sans merci.

Au-delà de la COVID-19 qui a manifestement bousculé l’agenda de nombreuses rencontres internationales prévues de longue date, la République démocratique du Congo (RDC), qui avait pris le train des IXes Jeux en marche et assez tard, n’a pas pu mettre les bouchées doubles et faire en sorte de rattraper le temps perdu.

Le communiqué du CIJF annonçant le report recommande en même temps à la RDC de poursuivre ses efforts dans les préparatifs afin de tenir les délais requis et garantir la tenue des IXes Jeux aux nouvelles dates proposées.

En effet, malgré un certain optimisme exprimé par le Comité national de pilotage des Jeux de la Francophonie (CNJF) lors de la dernière visite à Kinshasa de la délégation conduite par l’administratrice Catherine Cano, l’Organisation internationale de la francophonie demeure toujours préoccupée par la lenteur des progrès réalisés dans les préparatifs des IXes Jeux.

Et pourtant, le président Félix Tshisekedi, qui tient à redorer l’image de son pays sur la scène mondiale, veut absolument organiser ces Jeux en RDC. Lors de sa dernière rencontre avec le corps diplomatique accrédité dans son pays, Félix Tshisekedi a réitéré sa volonté d’organiser les IXes Jeux : « Mon gouvernement a pris la mesure de cet évènement et prendra toutes les dispositions nécessaires pour le succès de cette grande fête. »

Un report prévisible

Mais sur le terrain, les préparatifs des Jeux accusent un retard lamentable et le comité national de pilotage est aux prises avec des défis importants à relever. Et au rythme où vont actuellement les choses, il allait de soi que même si la COVID-19 n’était pas venue chambouler l’agenda des évènements internationaux, le report des IXes Jeux était quasiment une option envisageable.

Si le gouvernement congolais veut réellement organiser les IXes Jeux de la Francophonie, s’il tient à bien faire les choses et à les faire sérieusement, il devra redoubler d’efforts pour accélérer les travaux de réhabilitation et de construction des infrastructures susceptibles d’accueillir les différentes épreuves sportives, les concours culturels et les activités de développement.

Il devra notamment accélérer les travaux de construction d’un site d’hébergement sécuritaire qui offre une gamme de services devant accueillir plus ou moins 3000 athlètes et artistes issus des 88 États et gouvernements membres, communément appelé « Village des Jeux de la Francophonie ».

À travers le monde, l’expérience montre que lorsqu’on attend jusqu’à la dernière minute pour débloquer les fonds nécessaires à l’exécution des travaux de construction des infrastructures, très souvent, le coût budgétaire explose considérablement.

Il est également important de constituer en bonne et due forme un Comité national des Jeux de la Francophonie (CNJF), tel que stipulent les statuts du Comité international des Jeux de la Francophonie et règles des Jeux de la Francophonie.

En principe, c’est le CNJF qui devrait être chargé de coordonner les activités quotidiennes de l’organisation, sous la direction bien entendu du Comité national de pilotage mis en place par le décret du premier ministre congolais.

De plus, il ne suffit pas seulement d’organiser les Jeux à Kinshasa, mais il faut également donner la possibilité aux jeunes athlètes congolais de participer activement aux différentes épreuves sportives et culturelles, en organisant notamment des programmes d’entraînement spécifiques pour qu’ils soient compétitifs et capables de remporter les différentes médailles.

En effet, une participation massivement des athlètes congolais devrait manifestement susciter davantage l’appui et la mobilisation de la population locale en faveur des IXes Jeux sur son territoire et, plus encore, son engagement populaire indispensable non seulement en assistant massivement aux différentes compétitions, mais également en offrant sa disponibilité comme des bénévoles pour qu’ensemble avec le gouvernement, on puisse relever ce défi.

Loin de pousser un ouf de soulagement à la suite du report des Jeux, le gouvernement congolais devra le mettre à profit pour rattraper le retard dans l’organisation, la réhabilitation et la construction des infrastructures devant accueillir les Jeux dans des conditions sécuritaires.

Il est important de souligner que l’organisation des Jeux de la Francophonie en République démocratique du Congo est le plus grand évènement sportif international, sinon le premier de telle envergure, que ce pays s’apprête à organiser.