Le hashtag #blacklivesmatter est important. Il est né de l’acquittement de George Zimmerman, un simple et douteux citoyen, après qu’il eut tué l’adolescent Trayvon Martin en Floride.

Martine St-Victor Martine St-Victor
Stratège en communication et fondatrice de Milagro Atelier de relations publiques

#blacklivesmatter est un mouvement qui nous a permis de connaître les noms de Noirs qui sont tombés sous les balles ou les bottes de policiers et de ceux aux ambitions ratées d’un jour le devenir. Il nous a permis de connaître leur nombre, aussi.

Selon le Washington Post, en date du 28 mai 2020, 4728 Américains ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. De ceux-ci, 26 % étaient Noirs, eux qui ne représentent que 13 % de la population américaine. À son émission du 31 mai sur CNN, en citant d’autres études, le journaliste Fareed Zakaria confirmait que les Noirs se font arrêter quatre fois plus par la police.

#blacklivesmatter sert de calculatrice pour comptabiliser les trop nombreuses injustices. À l’occasion, on voit ce hashtag défiler sur nos réseaux sociaux, attaché à une photo ou à une histoire d’horreur, étouffé entre un selfie et une photo d’une tarte aux pommes réussie, ou tout juste sous une publication de Donald Trump retweetée des centaines de milliers de fois par indignation.

Mais depuis les derniers jours, on voit le #blacklivesmatter plus souvent en appui à Christian Cooper, à George Floyd et à Regis Korchinski-Paquet de Toronto. Cet appui est important, mais uniquement sous cette forme, il est insuffisant. Ce n’est pas un hashtag qui va éradiquer le racisme et l’injustice.

Oui, les symboles sont importants, mais les résultats le sont encore plus.

Avant de tweeter notre appui, estampé de #BLM, quelle est la composition de l’organisation pour laquelle nous travaillons ? Y avons-nous déjà exigé qu’il y ait plus d’inclusion ? Plus de diversité ? Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, refuse de participer à des réunions et panels si elle y est la seule femme. Cela crée un effet domino et c’est drôlement plus efficace que des hashtags à la #bosslady.

« Après avoir attisé les feux de la suprématie blanche et du racisme tout au long de votre présidence, vous avez le culot de prétendre une moralité supérieure puis de faire de violentes menaces ? … Nous allons voter contre vous en novembre, Donald Trump. »

Ces mots sont ceux de la chanteuse Taylor Swift dans un tweet du 29 mai dernier. Ça vous surprend ? Pourtant, voilà un exemple parfait de la bonne utilisation de ses plateformes, en parfaite harmonie avec les actions de Swift.

Juste avant les élections de mi-mandat en 2018, et en appui aux candidats démocrates Phil Bredesen et Jim Cooper du Tennessee, la chanteuse a fait une sortie sur Instagram pour encourager le vote. Je la cite : « Je crois au combat pour les droits de la communauté LGBTQ. Je crois aussi que toute forme de discrimination basée sur l’orientation sexuelle et sur le genre est injuste. Je crois que le racisme systémique qui existe dans ce pays envers les gens de couleur est terrifiant, écœurant et fréquent. Je ne peux donc pas voter pour un candidat qui n’est pas prêt à se battre pour la dignité de TOUS les Américains, peu importe la couleur de leur peau, leur genre ou qui ils aiment. »

PHOTO JORDAN STRAUSS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Taylor Swift

À la suite de cette sortie, l’organisation vote.org a signalé une importante hausse des enregistrements sur les listes électorales. À coup de grands dollars, Taylor Swift appuie des organismes comme March For Our Lives, par exemple. Mais il ne suffit pas de donner de l’argent, il faut aussi s’engager. Son tweet d’il y a quelques jours est en pleine cohésion avec ses pouvoirs, et elle le sait.

Nike et la NFL

Quand la marque Nike a diffusé une publicité, insipide pour certains, à la suite de l’assassinat de George Floyd, soulignant qu’on ne pouvait plus faire semblant que tout allait bien aux États-Unis, j’y ai cru. Pas parce que Nike est irréprochable – elle ne l’est pas –, mais parce qu’elle n’a jamais laissé tomber Colin Kaepernick. Un mariage réussi entre militantisme et capitalisme. La diversité et l’inclusion qu’on retrouve dans les bureaux corporatifs de Nike expliquent en partie sa réussite. Le militantisme fait partie de la culture de la marque.

Un jour après la diffusion du message de Nike et en pensant que nous étions tous atteints d’amnésie, la National Football League (NFL), au moyen de son commissaire, a émis un message de condoléances à la famille de George Floyd et à celles d’autres récentes victimes d’injustice. Un geste risible, puisque cette ligue a prouvé, à plusieurs reprises, qu’elle n’avait ni souci ni respect pour les droits civiques. Mais la NFL n’est pas la seule qui aurait dû taire sa « tristesse » et son « indignation ». Ceux qui n’ont jamais utilisé leur influence, leurs moyens et leurs plateformes pour dénoncer et combattre le racisme, l’injustice ou pour assurer l’inclusion dans leurs environnements auraient dû attendre un peu avant de se manifester. Attendre pour prendre le temps de voir comment ils pourraient devenir des alliés, des vrais.

Notre devoir est de faire partie de la solution, et non du problème, en devenant des agents de changement dans nos cercles et milieux respectifs.

Notre devoir à tous est de nous éduquer, et pas seulement pendant le mois de février.

Il faut lire, il faut voir et, surtout, il faut écouter. Il y a de grandes et prestigieuses conférences et écoles au Québec. Invitez les Al Sharpton, Bryan Stevenson, Karen Civil, Sarah Elizabeth Lewis et Marie-Livia Beaugé de ce monde. Des gens qui peuvent nous parler de droit, de justice et d’engagements qui changent le monde entier.

Notre devoir est d’apprendre à nos enfants – quelle que soit leur ethnicité – l’existence d’injustices basées sur la race. Et il faut surtout leur apprendre à les dénoncer.

Dans la cour d’école, au camp d’été, en classe ou tout simplement lorsqu’ils sont entre copains.

Notre devoir est d’arrêter de nous faire l’avocat du diable.

Notre devoir est de croire que ça n’arrive pas seulement ailleurs, même s’il n’y a pas de vidéo pour le prouver.