Depuis quelques semaines, les politiques de déconfinement se mettent en place et comme la marmotte au printemps, nous sortons la tête de nos terriers et recommençons à voir l’économie s’activer.

Mélissa Mollen Dupuis Mélissa Mollen Dupuis
Responsable de la campagne boréale, Fondation David Suzuki

Cependant, l’économie et le gouvernement n’ont pas été inactifs dans les dernières semaines. Beaucoup de décisions ont été prises alors que le champ était totalement libre de contrôles démocratiques, au moment où les citoyens étaient confinés et dociles.

Une des décisions qui me préoccupent le plus est celle de confiner les derniers membres de la harde des caribous de Val-d’Or dans un enclos. Sur les 18 membres de la population recensés en 2016, les sept derniers caribous qui ont été identifiés et capturés se retrouvent maintenant dans un enclos d’une superficie de 1,8 hectare à 15 km de Val-d’Or depuis mars dernier. Quel meilleur moment pour forcer le confinement des caribous qu’une pandémie où la population entière du Québec est elle-même confinée !

Dans un enclos

En 2017, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchet, a annoncé le déplacement des derniers caribous de Val-d’Or au zoo de Saint-Félicien, ce qui a provoqué la colère de la population. Quel non-sens de prendre des animaux chez eux et de les mettre en enclos dans un zoo à 500 km de là !

Aujourd’hui, en 2020, le même projet revient avec une nouvelle tournure : on va les mettre en enclos chez eux ! Une mesure annoncée en février par le ministre Pierre Dufour propose un moratoire prolongé de coupe forestière et l’agrandissement de l’enclos de la harde, mais aucune politique de rétablissement de l’habitat du caribou pour sa réintroduction. Le gouvernement a-t-il même consulté ou cherché à établir une collaboration avec la communauté algonquine de Lac-Simon qui est interpellée et active dans le dossier du caribou forestier ?

On nous propose donc de garder le caribou en cage comme un animal exotique qui devrait être protégé par des clôtures, alors que la science recommande plutôt l’introduction de nouveaux membres pour renforcer la population, comme l’a souvent souligné Henri Jacob de l’Action boréale.

L’approche du gouvernement rappelle celle de Tiger King (Au royaume des fauves), série rocambolesque qui suit sur une période de cinq ans Joe Exotic, un éleveur de tigres américain, et une cohorte de personnages plus excentriques les uns que les autres. L’approche du gouvernement rappelle celle de Joe Exotic : on met en cage et on reproduit.

La mentalité qui pousse à considérer les caribous comme des animaux de ferme est efficace ; on travaille à augmenter leur nombre tout en les retirant du chemin de l’industrie, qui peut ensuite se déployer sans l’obstacle d’une espèce en voie de disparition. Cependant, une leçon importante tirée de Tiger King doit être rappelée au gouvernement : un tigre élevé ne peut pas être réintroduit dans la jungle. Il existe moins de 3900 tigres dans la nature, comparativement aux 5000 évalués être en captivité aux États-Unis seulement. Que ce soit pour les tigres ou pour les caribous, l’élevage n’est pas synonyme de conservation ou de protection des espèces à risque.

Un caribou élevé à la moulée par le gouvernement pourra-t-il retrouver le chemin de la forêt boréale ?

Pouvons-nous espérer un engagement ferme de restauration de l’habitat du caribou forestier ?

Serait-il plausible de penser que le gouvernement écoute les scientifiques, les organismes impliqués et les communautés autochtones qui sont encore dépendantes de l’animal à ce jour ?

Verrons-nous nos preneurs de décisions devenir les « Caribou Kings » du Québec et mettre les caribous en cage ?