Alors que des centaines de célébrations de la fierté LGBTQI2S* devant avoir lieu cet été ont été annulées ou reportées, plusieurs organisations ont annoncé la tenue d’évènements virtuels.

Alexie Labelle Alexie Labelle
Doctorante en science politique à l’Université de Montréal, membre du Réseau québécois en études féministes (REQEF)

L’organisation internationale Interpride a en ce sens facilité la tenue d’une fierté mondiale virtuelle, prévue pour le 27 juin prochain. Fierté Montréal a de son côté exprimé son intention de célébrer la diversité sexuelle et la pluralité des genres sous une forme hybride, mariant évènements en ligne et en personne. Si le tournant virtuel des fiertés LGBTQI2S soulève un nombre d’enjeux en matière d’organisation et d’accessibilité, il demeure l’occasion de redonner aux fiertés LGBTQI2S leur caractère politique.

Que ce soit en Amérique du Nord ou en Europe, l’organisation des fiertés LGBTQI2S repose sur un nombre de commandites provenant du secteur privé. Comme en témoignent les énormes contingents de banques et d’entreprises lors de la marche annuelle de la fierté à Montréal, le secteur privé en vient ainsi à occuper une place grandissante aux dépens d’acteurs communautaires qui portent quotidiennement le mouvement.

La mise en ligne des célébrations de la fierté revêt en ce sens l’occasion de redonner une voix aux acteurs communautaires et de rendre visibles les revendications de nos communautés.

La commercialisation des fiertés LGBTQI2S s’inscrit de ce fait au sein de rapports de pouvoir ayant historiquement structuré les mouvements LGBTQI2S. Encore aujourd’hui, nous en sommes à rappeler l’invisibilisation des femmes, des personnes racisées et des personnes trans au sein d’un mouvement masculin, blanc et cisgenre. Les interruptions des marches de la fierté par Black Lives Matter à Toronto et à Montréal, en 2016 et en 2017 respectivement, de même que les appels à la reconnaissance des instigatrices du mouvement, Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera, mettent en exergue cette invisibilisation continue. Une mise en valeur des réalités, des luttes et des revendications des communautés marginalisées est donc plus que nécessaire et se doit d’être mise en évidence, comme l’a notamment soulevé le comité organisateur de la fierté à Toronto.

Enfin, la mise en ligne des fiertés LGBTQI2S en contexte de pandémie offre la possibilité de renforcer les solidarités transnationales. La crise sanitaire engendrée par la COVID-19 a malheureusement mis à mal les communautés LGBTQI2S aux quatre coins du monde. Que ce soit la montée de l’homophobie en Corée du Sud en raison d’un foyer d’éclosion dans le quartier gai de Séoul ou les étudiants universitaires LGBTQI2S américains devant retourner à la fois dans leur foyer familial et dans le placard, le temps est venu de forger des solidarités réellement horizontales. Une chance inouïe de ne pas reproduire les rapports de pouvoir nord/sud et le caractère parfois néoimpérialiste des mouvements LGBTQI2S occidentaux à l’égard des mouvements situés dans le Sud global.

Après des années de remises en question et de mises en garde concernant la dépolitisation de la fierté, le contexte pandémique actuel revêt une occasion en or de redonner à la fierté ce qu’elle était à la base : un évènement d’abord et avant tout politique. Si je salue l’initiative de tenir des célébrations virtuelles, j’espère fortement qu’elles sauront représenter adéquatement les diverses réalités de nos communautés sans reproduire les différents travers qui lui ont été maintes et maintes fois reprochés.

* LGBTQI2S : lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, intersexes et bispirituelles