Notre réseau de la santé et des services sociaux est fondamentalement structuré de façon à limiter la capacité de communication et de contrôle sur leur pratique des professionnels et travailleurs de la santé.

Natalie Stake-Doucet Natalie Stake-Doucet
Infirmière

Depuis deux décennies, nous sommes des milliers à avoir exposé des problèmes et proposé des solutions avec, au mieux, une réponse indifférente de nos dirigeants et, au pire, une réponse hostile.

Aujourd’hui, je veux parler d’un enjeu spécifique à la crise actuelle qui révèle à quel point notre réseau est incapable de recruter et de retenir des employés parce qu’il ne semble connaître que la coercition comme stratégie pour régler tous ses problèmes.

Notre premier ministre et notre ministre de la Santé insistent sur le fameux temps plein chaque fois qu’ils en ont l’occasion. On a même eu un arrêté ministériel qui donne tous les droits aux employeurs sur les horaires des employés. On parle souvent des infirmières qui refusent les postes à temps plein comme si elles étaient égoïstes et déraisonnables. On ne parle pas des milliers d’infirmières, infirmières auxiliaires et préposées aux bénéficiaires qui se sont portées volontaires pour travailler à temps partiel.

On a besoin de bras, comme le dit notre premier ministre… mais, apparemment, pas au point où ça deviendrait trop compliqué pour la machine du « réseau » de faire des horaires. Parce que c’est la seule raison que j’ai vu jusqu’ici qui a été utilisée pour justifier de refuser l’embauche de personnel à temps partiel : c’est trop compliqué.

Trop compliqué, vraiment ?

Est-ce que qu’on est réellement en train de donner préséance à la facilité pour l’appareil bureaucratique sur le besoin de bras ?

Au lieu de nous questionner sur l’incapacité de la machine d’accueillir tous ces professionnels et travailleurs de la santé, on parle du « refus » de travailler à temps plein. Il y a des tonnes de raisons qui peuvent motiver un temps partiel. Je ne les nommerai pas ici, parce que je suis tannée de nous justifier. La faute n’est pas uniquement de notre côté. J’aimerais plutôt que ce soit les CIUSSS et les CISSS qui refusent d’embaucher du personnel à temps partiel qui s’expliquent.

Au lieu de demander aux infirmières pourquoi elles ne travaillent pas à temps plein, pourquoi ne demande-t-on pas aux employeurs et aux élus pourquoi ils refusent d’embaucher du personnel qualifié à temps partiel ?

Pourquoi priorise-t-on la facilité pour l’appareil bureaucratique plutôt que d’embaucher tout le monde qui est qualifié, peu importe leurs disponibilités ? Et pourquoi d’ailleurs est-ce supposément si compliqué pour la machine d’intégrer du personnel à temps partiel dans les horaires ?

En temps de pandémie, va-t-on vraiment s’occuper du bien-être de la machine bureaucratique avant le bien-être des soignants et des soignés ? J’aimerais bien qu’un journaliste pose ces questions à nos dirigeants.

Cette situation me semble absurde et nuisible. C’est bien, du personnel à temps plein, mais quand on se met à perdre du personnel qualifié à cause de ça, il faut réajuster le tir. On peut prioriser les embauches à temps complet, mais empêcher toute embauche à temps partiel semble extrême. Et pourtant, dans certains milieux, il semblerait qu’on force des personnes à démissionner plutôt que de les laisser travailler à temps partiel.

Combien d’autres centaines de candidats n’ont pas été embauchés parce qu’ils ne pouvaient s’engager à temps plein ? Et on se demande encore pourquoi c’est si difficile de recruter ! Il me semble qu’avec une stratégie de respect et de collaboration, on aurait plus de succès qu’avec la stratégie actuelle de coercition.