Les besoins en habitation sociale et abordable ne datent pas d’hier dans nos quartiers.

Valérie Plante Valérie Plante
Présidente de la communauté métropolitaine de Montréal, mairesse de Montréal

La pandémie que nous vivons présentement est toutefois venue exacerber la précarité de beaucoup de Québécoises et de Québécois – le taux de chômage a atteint 17 % en avril 2020. Ainsi, pour la Ville de Montréal et la Communauté métropolitaine de Montréal, il est naturel que la construction de nouveaux logements sociaux soit au cœur de nos plans de relance économique. La question du logement abordable, qui touchait historiquement davantage les grands centres urbains et les villages du Québec, rejoint maintenant aussi les couronnes de Montréal.

Les avantages de la construction de logements sociaux et abordables sur la qualité de vie et l’équité sociale sont évidents. Il est aussi important de rappeler que le logement social et abordable est un formidable moteur de développement économique. Plus que jamais, il faut voir l’habitation comme une façon de relancer l’économie de la région métropolitaine et du Québec : des données économiques probantes et l’expérience du passé nous le démontrent d’ailleurs clairement.

Parce qu’au-delà de l’argumentaire social, il est financièrement profitable pour un État d’investir dans l’habitation sociale. Une étude de la Société d’habitation du Québec (SHQ) publiée en 2011 a calculé que chaque dollar investi en habitation sociale injecte 2,45 $ dans l’économie québécoise, ce qui se traduit entre autres par la création d’emplois directs et indirects et par des dépenses de consommation. C’est sans compter l’effet de levier que cela génère, puisque lorsque l’État investit un dollar, la Ville de Montréal, les villes de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et les OBNL et coopératives de logements investissent aussi un dollar. Le gouvernement n’assume donc que 50 % des coûts de construction.

En plus d’injecter de l’argent dans notre économie et de créer des emplois, les investissements en habitation permettent d’importantes économies au sein des services publics.

Par exemple, la construction de logements communautaires permet aux personnes aînées de demeurer dans leur logement plus longtemps, et crée 103 millions de dollars d’économies récurrentes par année pour le système de santé, selon les données de la SHQ publiées en 2012. De même, selon cette même étude, la construction de 200 logements supervisés pour personnes risquant de basculer dans l’itinérance permet une économie annuelle de 8,1 millions en services publics. Les chiffres sont clairs. Les bénéfices aussi.

Des villes plus résilientes

Tous les gouvernements du Québec qui se sont succédé depuis 25 ans, peu importe le parti politique, ont reconnu l’importance de cet investissement pour l’économie. Le budget AGIR de Pauline Marois, à la suite du 11 septembre 2001, et le budget de relance économique 2009-2010 de Monique Jérôme-Forget ont tous les deux engendré une accélération des investissements en logement social afin de stimuler le secteur de la construction résidentielle et de pallier la pénurie de logements. D’ailleurs, nous profitons aujourd’hui de la construction de ces unités d’habitation pour rendre nos villes et nos villages plus résilients face à la crise économique et sociale que nous vivons actuellement.

Nous invitons donc le gouvernement du Québec à réinvestir dans le programme AccèsLogis dès maintenant, afin d’éviter de créer un retard dans la construction de ces nouvelles unités de logement. L’absence d’une entente Québec-Canada sur l’habitation retarde aussi le développement de nouvelles unités, et 82 municipalités de la CMM attendent sa signature avec impatience.

C’est pourquoi la Ville de Montréal et la CMM demandent que la création de nouveaux logements sociaux et abordables soit au cœur de la stratégie de relance économique des gouvernements québécois et fédéral. Nous ne pouvons passer à côté d’une telle occasion de soutenir notre économie et, par le fait même, l’équité sociale. C’est le parfait exemple d’une politique publique qui fait d’une pierre, deux coups.