La crise de la COVID-19 et la catastrophe provoquée dans les établissements d’hébergement commandent des actions concrètes pour juguler la crise, prévenir une récidive et mieux organiser les services aux aînés. Il faut d’abord régler la situation en mettant en place des solutions immédiates qui limiteront les dégâts et éviteront surtout un même scénario lors d’une inévitable deuxième vague.

Réjean Hébert Réjean Hébert
Gériatre, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal *

Nous devrons bien sûr mener une enquête sur les causes de l’hécatombe dans les CHSLD et les autres résidences pour aînés. Mais par-dessus tout, il faut proposer des solutions durables pour mieux servir les personnes âgées, particulièrement celles en perte d’autonomie, qu’elles soient à domicile ou en hébergement.

Juguler la crise

Nous sommes encore en pleine crise sanitaire dans les CHSLD et autres résidences pour aînés. La pénurie de préposés n’est que la pointe de l’iceberg et les causes de cette « tempête parfaite » sont plus larges. Les préposés sont les mal-aimés de notre système de santé.

Dans cette structure complexe, de plus en plus orientée vers l’hôpital et sa technologie, on a oublié l’être humain que l’on doit soigner et l’être humain qui soigne. Les soins englobent beaucoup plus que les actes techniques et comprennent l’écoute, la compassion, le sourire, la patience, l’intervention pour calmer, et bien davantage ; toutes des tâches que l’on ne peut minuter dans des objectifs de productivité. C’est là l’essentiel du travail d’un préposé, ce qui le motive et ce qui rend ses tâches valorisantes et passionnantes. Bien sûr, la rémunération fait partie de la solution, mais les conditions de travail sont aussi, sinon plus, importantes.

Les CHSLD sont aussi des milieux de soins, car ils accueillent des résidants avec de multiples conditions médicales. Il importe donc d’assurer, sur place, une équipe de médecins et d’infirmières dédiée et compétente pour faire face à des situations de crise et imposer les mesures nécessaires pour prévenir l’éclosion ou la propagation des infections. De plus, la stabilité du personnel dans les unités de soins est aussi une condition essentielle pour diminuer la propagation des infections et assurer des soins humains et de qualité.

Enfin, les réformes successives du réseau de la santé et des services sociaux ont fait disparaître la gestion locale des CHSLD. Il est élémentaire que chaque CHSLD soit sous la responsabilité d’une équipe de direction pour veiller à l’organisation spécifique des services propres à un établissement et, surtout, répondre rapidement et efficacement aux situations de crise.

Une commission d’enquête

Au sortir de la crise, il faudra inévitablement faire un bilan complet de ce qui est arrivé. Une commission d’enquête publique est incontournable pour écouter les doléances et les pénibles expériences vécues par le personnel, les usagers et les familles. Il faudra collectivement faire notre mea culpa, identifier les mécanismes d’éclosion et de propagation de la COVID-19, examiner les failles du système, expliquer les raisons de cette faillite et peut-être nommer, dans certains cas, des responsables dont la négligence aura accentué cette catastrophe.

Une réforme indispensable

Mais il ne faut surtout pas négliger l’élaboration d’un plan d’action pour réformer les soins de longue durée, tant à domicile qu’en établissement. Il faut agir surtout en amont et proposer une approche globale en priorisant les soins à domicile et le maintien dans le milieu de vie. Des solutions existent : elles ont été expérimentées au Québec, dans d’autres provinces et dans d’autres pays. Des données probantes sont disponibles et des experts peuvent les synthétiser et les mettre en perspective.

Je propose donc la mise en place d’un groupe de travail composé de scientifiques, de gestionnaires, de cliniciens et de représentants des usagers.

Ce groupe aurait pour mandat de réviser les écrits scientifiques et les expériences internationales concernant les soins de longue durée et de proposer les éléments pour réformer globalement ceux-ci, qu’ils soient prodigués à la maison ou dans un milieu institutionnel. Un mandat beaucoup plus large que celui envisagé actuellement par le gouvernement qui ne vise que l’hébergement, une portion seulement de l’éventail des services aux personnes âgées en perte d’autonomie.

Ce travail ne devrait prendre que quelques mois, à condition de doter ce groupe des ressources adéquates. Le rapport devrait proposer des options pour doter le Québec d’un système de soins de longue durée d’avant-garde. On devrait y discuter notamment du financement, de la gestion, de la prestation de services, des priorités et des actions à mettre en place. Par la suite, un mécanisme de consultation auprès de la population et des groupes d’intérêt permettrait de valider les orientations et proposer les options les plus intéressantes et réalisables. Le gouvernement devra faire des choix pour rapidement implanter cette réforme hautement nécessaire. Mais il faudra surtout investir pour rattraper la négligence des dernières décennies et répondre au vieillissement accéléré de la population.

Trois chantiers pour juguler la crise, analyser les tenants et aboutissants de la catastrophe et surtout proposer des changements significatifs pour mieux répondre aux besoins des personnes âgées en perte d’autonomie.

Trois chantiers pour redonner aux personnes âgées la place qui leur revient dans la société et l’accès à des services de qualité et sécuritaires.

Trois chantiers pour que les vieux et les vieilles, d’aujourd’hui et de demain, puissent vivre dans la dignité.

* L’auteur a été ministre de la Santé et des Services sociaux et ministre responsable des Aînés