Le gouvernement actuel, à l’instar de nombreux autres acteurs, ne souhaite pas que, dans l’analyse des ratés observés dans la lutte contre la pandémie, l’on fasse le procès des gouvernements qui ont précédé. Il a raison, le temps est à la solidarité et à « se serrer les coudes ».

Maria De Koninck Maria De Koninck
Professeure émérite et associée, département de médecine sociale et préventive, Université Laval

Mais, par respect et gratitude envers toutes celles et tous ceux qui se donnent corps et âme dans les soins, l’écoute et l’accompagnement des malades, des personnes vulnérables, des familles en deuil ainsi que dans la prévention et la gestion de la pandémie, ne devons-nous pas prendre un engagement ? Celui de ne plus jamais accepter que soient créées des conditions qui rendent leur travail plus exigeant et plus risqué, leur font vivre des dilemmes éthiques évitables et déshumanisent les situations dans lesquelles de nombreuses personnes souffrent et plusieurs s’éteignent.

Certaines conditions rendent en effet plus difficile le combat contre les ravages directs et collatéraux de la COVID-19 et accentuent les inégalités sociales entre ses victimes. Ces conditions sont les résultats de décisions prises au cours des dernières années, malgré les avertissements, protestations et cris d’alarme des travailleuses et travailleurs de la santé et des services sociaux, des organismes communautaires et des milieux d’enseignement et de recherche.

Pourquoi ne prenons-nous pas, collectivement et dès maintenant, l’engagement que, plus jamais, nous ne permettrons :

> qu’un ministre de la Santé et des Services sociaux s’arroge un pouvoir qui frise l’autocratie, comme ce fut le cas du ministre Gaétan Barrette ;

> que l’on centralise les décisions dans d’immenses organisations multi-vocationnelles, noyant ainsi les missions particulières des services de santé et services sociaux, notamment la prévention et la santé publique. On a vu à quel point la perspective hospitalo-centriste a pu, dans un tel contexte, dominer la répartition des ressources et ainsi affaiblir les services consacrés aux plus vulnérables, dont les personnes âgées (CHSLD), les enfants (DPJ) et les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ;

> que l’on crée, en réduisant le nombre d’intermédiaires sous prétexte d’épargner des sous, une telle distance entre les décideurs et celles et ceux qui œuvrent sur le terrain que leurs communications deviennent dysfonctionnelles ;

> que l’on fasse fi de la compétence des gens « du terrain » lorsqu’il s’agit de définir des priorités et d’organiser des services ;

> que l’on appauvrisse nos ressources collectives, comme celles des CLSC, pour renforcer des ressources privées ;

> que l’on tourne le dos aux pratiques démocratiques en retirant voix au chapitre aux communautés dans l’orientation et l’organisation des ressources qui les concernent ;

> que l’on alloue aux fédérations professionnelles de médecins une part disproportionnée de nos ressources financières. Et surtout, que l’on accorde à ces organisations syndicales un pouvoir de négociation sur l’accès de la population aux services médicaux et hospitaliers. Et que l’on consolide, ce faisant, un déséquilibre malsain entre les intervenants appartenant à différents corps d’emploi, alors qu’officiellement on prône l’interdisciplinarité pour son efficacité.

Au-delà de cet engagement collectif à ne plus jamais accepter de tels reculs, il est clair que toutes ces décisions devront être revues et corrigées ! Toutefois, il est capital qu’elles le soient de façon collective pour mettre à profit les savoirs de toutes les catégories de travailleuses et travailleurs de la santé et des services sociaux, des organismes communautaires et des communautés elles-mêmes.

Nous devons prendre cet engagement et préparer l’avenir, ne serait-ce que pour éviter que la souffrance qui découle des obstacles dressés devant la bonne volonté de celles et ceux qui sont « au front », dans les services de santé, dans les services sociaux et dans les communautés, tombe dans l’oubli.