Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a joint sa voix à celle d’Elizabeth May, chef du Parti vert, pour annoncer la « mort du pétrole » et s’opposer à tout soutien financier du gouvernement fédéral à ce secteur présentement bien mal en point.

Yvan Cliche Yvan Cliche
Fellow, Centre de recherches et d’études internationales de l’Université de Montréal (CERIUM)

Après les enjeux sanitaires liés à la COVID-19, l’industrie du pétrole est probablement celle qui a attiré le plus l’attention, notamment dans les milieux économiques et financiers.

À raison. La chute spectaculaire, historique, du prix du baril, qui a même viré au négatif, est une première. Et elle a attisé la volonté des militants pro-climat et des énergies renouvelables pour que cette crise constitue le chant du cygne pour cette industrie ciblée (à raison) comme la principale responsable des émissions de gaz à effet de serre.

Or, même en appliquant les mesures les plus contraignantes en faveur du climat, l’Agence internationale de l’énergie rappelle que le pétrole sera encore parmi nous… en 2050. Et au-delà.

En effet, même si la communauté internationale se mobilise comme jamais après la crise sanitaire pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat (2015), le monde produira encore presque 70 millions de barils de pétrole par jour en 2050, contre plus de 100 millions présentement.

Pourquoi ? On associe souvent le pétrole à l’automobile. Or, le pétrole est aussi l’énergie du transport lourd, des camions, des bateaux, des avions.

Si l’électricité a maintenant pris une place, croissante, dans le secteur des véhicules individuels, elle n’a pas encore pris une position prometteuse similaire dans le transport lourd, loin de là.

Le pétrole est aussi utilisé en pétrochimie, une activité qui devrait assurer le tiers de sa croissance d’ici 2050.

Il y a aussi la population mondiale, qui est en hausse : on prédit plus de 10 milliards d’habitants dans 30 ans.

Et les pays en développement ont encore un long chemin à parcourir pour assurer à leur population un accès à la mobilité et un accès à l’énergie.

L’Asie a soif d’énergie et a encore bien besoin de pétrole pour le transport de tout acabit lié au développement économique. Les bas prix actuels de l’or noir rendent cette énergie encore plus attractive pour ce continent, notamment pour la Chine.

Entreprises nationales

On lie souvent l’industrie pétrolière aux entreprises mastodontes que sont BP, Shell, ExxonMobil, Chevron, mais les réserves pétrolières à exploiter le sont surtout par des entreprises nationales, dont des pays (Arabie saoudite, Russie, Venezuela) dépendent grandement pour leurs revenus.

Or, ces pays ne lâcheront pas le morceau : comme le pétrole sera encore en usage pendant encore quelques décennies, fermer complètement l’industrie pétrolière au Canada ne fera que transférer la production et la richesse immense que crée cette activité à ces pays.

On parle ici de dizaines et de dizaines de milliards de dollars laissés sur la table.

Admettons que ce n’est pas une décision si facile à prendre pour Ottawa et pour l’Alberta, considérant cet enjeu…

Certes, le monde de demain est celui des énergies renouvelables. Leur prix a considérablement chuté, rendant leur utilisation massive bien plus accessible. C’est une percée spectaculaire, la plus rapide transition de l’histoire en matière d’énergie.

S’il faut absolument viser une diversification de l’économie albertaine, bien trop dépendante du pétrole, il faut prendre nos décisions en se rappelant que ce produit restera encore à moyen terme un acteur central du mix énergétique mondial : annoncer sa mort prochaine est donc bien prématuré.