En réponse au texte de Simon Brault, « Quelle relance pour le secteur des arts ? », publié le 19 avril

Martin Faucher Martin Faucher
Codirecteur général et directeur artistique du Festival TransAmériques (FTA) et metteur en scène

Simon Brault, directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada a signé le 19 avril dernier un texte d’opinion dans lequel on pouvait lire : « La relance envisagée ne doit pas être qu’une simple répétition des recettes d’un passé aux assises précaires. »

Depuis un certain temps, bien avant cette terrible crise qui bouleverse tout, plane un certain discours émanant du Conseil des arts du Canada qui laisse sous-entendre que nous, du théâtre et de la danse (c’est le seul domaine artistique pour lequel je peux m’exprimer), évoluons par certains aspects de notre pratique selon un modèle ancien, désuet. À la longue, ça devient un peu lourd à porter. 

Pour le bien de tous, il serait utile de nommer avec précision en quoi notre modèle est dépassé ou d’une autre époque lorsque nous cherchons, nous créons, nous produisons, nous diffusons.

Cette crise terrible qui nous paralyse (et qui risque de nous paralyser pour un bon bout de temps, je le crains) est le moment idéal pour débattre en profondeur de notre modèle actuel et d’évaluer quelles sont les recettes qu’il vaut mieux reléguer aux oubliettes afin d’être de notre époque.

Ce qu’il ne faut pas perdre

Un débat sur un nouveau modèle à adopter serait également l’occasion pour que les artistes de danse et de théâtre affirment ce qu’ils ne veulent surtout pas perdre dans l’exercice de leur art lorsque la reprise s’amorcera, pour mettre en lumière ce qu’ils veulent renforcer dans la pratique de leur art lorsqu’adviendra l’ère post-COVID-19. 

Pour ma part, j’affirme que le numérique n’est pas la panacée à tout. Oui, les gestes artistiques que nous voyons sur le web sont beaux, touchants, inusités, hautement créatifs. Réconfortants. Ils sont le témoin de la passion qui nous anime et permettent de combattre l’isolation dont nous souffrons tous.

Mais jamais ils ne remplaceront ce geste mystérieux qu’on peut palper de la scène à la salle, de la salle à la scène. Et ce geste ne peut s’élaborer que pendant de longues heures dans cet endroit exceptionnel que je chéris qu’est la salle de répétition. Cet échange réel, risqué, de nature profondément artisanale, car on doit le répéter jour après jour, échange humain ancré dans la nuit des temps, doit être maintenu, coûte que coûte. Ne mettons pas un masque permanent sur la pratique de notre art.

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