La crise de la COVID-19 que nous traversons révèle le traitement inéquitable des étudiants étrangers au Canada, et en particulier en Ontario.

Claudia Hirtenfelder Claudia Hirtenfelder
Doctorante internationale à l’Université Queen’s

Soyons clairs : cette province et ses universités dépendent financièrement des étudiants étrangers. Ceux-ci, en plus de payer des droits de scolarité beaucoup plus élevés, génèrent des revenus par leurs achats dans les économies locales tout en travaillant dans ces mêmes institutions universitaires, conçues davantage pour offrir un soutien par le travail plutôt que par la reconnaissance de leur bourse.

La semaine dernière, le gouvernement Trudeau a annoncé qu’un soutien financier serait alloué aux étudiants. Or, les étudiants internationaux n’ont pas droit à cette aide d’urgence. La seule option de subsistance qui leur reste : dénicher un boulot d’été dans des commerces dit « essentiels » et donc travailler dans un environnement à haut risque.

À l’heure actuelle, les gouvernements fédéral et ontarien ont mis en place plusieurs stratégies pour augmenter la taille de leur population d’étudiants étrangers, mais aussi pour s’assurer qu’ils s’installent ici une fois leurs diplômes obtenus (voir la Stratégie d’éducation postsecondaire de l’Ontario, le rapport du Conseil de l’enseignement supérieur et la Stratégie d’éducation internationale du Canada).

Il n’est pas surprenant que tant d’efforts soient déployés pour recruter de nouveaux étudiants internationaux. Juste en 2018, on estime que les étudiants étrangers ont contribué à l’économie canadienne à hauteur de 21,6 milliards de dollars, et ce, sous forme de droits de scolarité, de logement et d’autres dépenses (Stratégie d’éducation internationale). De plus, le Canada compte beaucoup sur le fait que bon nombre de ces étudiants feront partie de sa future main-d’œuvre qualifiée. 

L’Ontario et tout le Canada ont besoin de nous et pourtant, en temps de crise, ils ne sont pas prêts à nous fournir le même soutien que celui accordé aux étudiants nationaux.

Déjà, avant cette pandémie, les étudiants étrangers étaient en situation de précarité. Dans l’établissement où je poursuis mes études doctorales, l’Université Queen’s, les étudiants étrangers de troisième cycle paient des droits de scolarité nettement plus élevés, mais ont un accès limité aux bourses fédérales comme celles des IRSC, du CRSH et du CRSNG. Nous devons également payer quelque 1200 $ par an pour la couverture médicale et le double si nous avons un partenaire. Sans parler du fait que nous devons obtenir nos diplômes dans des délais généralement irréalistes, sous peine de ne recevoir aucune aide financière.

22 $ à la fin du mois

En 2019, en réponse à une lettre ouverte envoyée au doyen de l’École des études supérieures de l’Université Queen’s par l’association syndicale qui défend les étudiants internationaux de l’Université Queen's, la School of Graduate Studies de cette même université a mené une étude approfondie de la vie des étudiants diplômés et a constaté que l’étudiant international moyen en sciences humaines, après avoir payé son loyer et ses droits de scolarité, ne disposait que de 22 $ à la fin du mois pour acheter de la nourriture et des fournitures.

Je suis venue au Canada en croyant que mon pays d’accueil était une terre où l’équité prévaut. C’est le Canada dont on parle dans le reste du monde.

Et je reconnais que la réponse du Canada à la pandémie a été incroyable. La communication et la rapidité avec laquelle le soutien est parvenu à vos citoyens sont une source d’inspiration. Mais votre manque de sensibilité à l’égard des étudiants étrangers a été décevant. À l’instar des étudiants canadiens, les étudiants étrangers doivent payer un loyer, des droits de scolarité (plus élevés), assumer une réduction de leur travail et subvenir aux besoins de leur famille. Les universités et le gouvernement canadien dépendent fortement des étudiants étrangers sur le plan financier et pour constituer leur future main-d’œuvre, et pourtant, en période de besoin, nous sommes laissés pour compte.

J’espère qu’au fur et à mesure que votre soutien aux étudiants sera examiné au Parlement, vous prendrez en considération les étudiants étrangers. Vous devriez tenir compte de nos besoins parce que c’est juste et équitable de le faire. Comment pouvez-vous recruter activement plus d’étudiants étrangers si vous n’êtes pas prêts à les soutenir ? À mesure que s’estompera le vernis d’un Canada qui se soucie des étudiants étrangers, il sera de plus en plus difficile pour les universités canadiennes de rivaliser avec les meilleures du monde. 

Il est grand temps que le Canada se rende compte que les étudiants étrangers sont des universitaires sérieux qui ont beaucoup à donner, mais doivent aussi recevoir leur juste part de soutien.