Des chercheuses et chercheurs de différents horizons des sciences sociales et humaines nous donnent la mesure dans les prochains jours des défis qui attendent le Québec dans un avenir rapproché. Aujourd’hui, Annie Chaloux aborde la question du climat. Un dossier spécial coordonné par Guy Laforest (ENAP) et Jean-Philippe Warren (Université Concordia) en collaboration avec La Presse+.

Annie Chaloux Annie Chaloux
Directrice du Climatoscope, Université de Sherbrooke

Avant la COVID-19, la planète avait la fièvre. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle planétaire avaient atteint des sommets, générant des hausses de température sans précédent par rapport à l’ère préindustrielle.

L’adoption de l’accord de Paris en 2015 et sa rapide entrée en vigueur l’année suivante étaient censées faciliter la mise en place de politiques au sein des États afin de réduire les émissions de GES et de s’adapter aux changements climatiques, et ainsi limiter la hausse des températures mondiales sous la barre des 2 °C, et idéalement 1,5 °C d’ici la fin du siècle.

Dans les années suivantes, des millions de jeunes se sont mobilisés partout sur la planète pour sensibiliser les décideurs publics à cette grave problématique, et surtout à l’urgence d’agir maintenant, puisque ces jeunes générations devront vivre avec des conséquences dramatiques d’une planète en réchauffement.

Malgré tout, les émissions n’ont cessé de croître et la température mondiale aurait déjà monté à plus de 1 °C par rapport à l’ère préindustrielle, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), générant des impacts déjà perceptibles et considérables. Rappelons seulement les incendies dévastateurs en Californie et en Australie, les inondations printanières de 2017 et de 2019 au Québec ou encore l’érosion des berges menaçant plusieurs villages du nord et de l’est du pays pour se convaincre de l’urgence d’agir.

Certes, plusieurs gouvernements dans le monde ont adopté des politiques pour lutter contre les changements climatiques : mesures de tarification carbone, subventions aux voitures électriques et aux énergies renouvelables, déploiement d’offres plus substantielles en transports collectifs, et j’en passe.

Ces politiques se sont toutefois révélées insuffisantes pour « aplatir la courbe » des émissions de GES, car les gouvernements sont demeurés frileux face à la mise en place de mesures plus draconiennes. On répondait à ceux qui demandaient plus de proactivité que ce serait extrêmement difficile, voire impossible de mettre en place des politiques trop contraignantes pour changer nos comportements.

La pandémie actuelle a pourtant démontré le contraire. En quelques semaines, d’imposantes politiques ont été adoptées, bouleversant nos rapports au travail, à la communauté, à la mobilité, à notre consommation et à notre alimentation.

Résultat : les émissions de GES ont été infléchies, du moins temporairement, la qualité de l’air s’est améliorée dans un nombre important d’agglomérations urbaines, les préoccupations pour la consommation et l’alimentation locale se sont accrues, le télétravail est devenu une réalité plausible pour nombre d’entre nous. Bref, ces mesures ont eu des impacts collatéraux potentiellement intéressants, si on sait en tirer profit, dans la lutte contre les changements climatiques.

Comment pourrions-nous, collectivement, sortir gagnants de cette crise du coronavirus, tant écologiquement, socialement qu’économiquement ?

D’abord, dans une logique à très court terme, nous savons désormais que le télétravail pourrait devenir une réalité dans plusieurs entreprises et organisations. En accroître l’usage pourrait réduire significativement les émissions de GES dans le secteur des transports tout en offrant aux familles et aux communautés de nouvelles occasions de renforcement des liens sociaux.

À moyen et à long terme, sur les plans de l’alimentation et de la consommation, la fermeture des frontières nous a fait réaliser notre dépendance à l’étranger et à l’importance de promouvoir nos agriculteurs, commerçants et manufacturiers locaux dans les chaînes d’approvisionnement de produits essentiels. Or, le fait de promouvoir le commerce local et d’accroître notre souveraineté alimentaire nous permettrait de nous enrichir collectivement tout en réduisant le transport des marchandises et notre impact sur les émissions de GES.

Enfin, si l’on s’intéresse aux plans de relance qui seront à venir très prochainement, les gouvernements du Québec et du Canada ont là une des meilleures occasions de se positionner pour une économie sobre en carbone et en cohérence avec la lutte contre les changements climatiques. Leurs investissements lanceraient alors un message clair, soit que la lutte contre les changements climatiques est le socle de la relance économique et de l’avenir des générations actuelles et à venir.

Deux grands constats s’imposent donc ici. D’une part, les gouvernements ont les outils pour infléchir les tendances. D’autre part, nos comportements peuvent et doivent changer.

La crise de la COVID-19 est un signal que l’on a la capacité de répondre à de telles crises et que collectivement, on peut faire vite, beaucoup, et significativement pour notre société et son environnement.

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Demain, Frédéric Bouchard aborde la question de la recherche.