La fin de semaine dernière, ma mère de 86 ans est décédée des suites de la COVID-19.

Véronique Jotterand Véronique Jotterand
Médecin en Californie

Elle a mené une longue bataille contre la maladie d’Alzheimer et était résidante de longue date au Pavillon Alfred-Desrochers de l’Institut universitaire de gériatrie de l’Université de Montréal. Il y a trois semaines, le coronavirus s’est implanté dans la résidence et s’est propagé à une vitesse foudroyante sur son étage, provoquant un taux de mortalité atteignant près de 50 %. Qui aurait pu prédire cette calamité ?

Cette crise sans précédent a mis en évidence de nombreux défis à relever de la part des travailleurs de la santé et des gouvernements.

Tous ont sous-estimé les ressources nécessaires pour protéger nos aînés dans les CHSLD au cours de cette crise. Une analyse post-mortem de la situation nous fournira les éléments nécessaires en vue d’améliorer ultérieurement la lutte contre les infections, mais ce n’est pas le but de ma missive.

Comme vous le savez, le problème n’est pas unique au Québec. Il est présent chez moi aux États-Unis, en Europe et dans de nombreux pays. L’horrible situation qui s’est produite au CHSLD Herron de Dorval est aberrante, mais ressemble malheureusement à d’autres histoires similaires aux États-Unis. Tous les CHSLD ne sont cependant pas identiques.

Un travail remarquable

À cet effet, je tiens à applaudir et souligner le travail remarquable accompli par le personnel du Pavillon Alfred-Desrochers. Ce sont de véritables héros contraints d’affronter quotidiennement, sur le terrain, cette terrible maladie et de fournir les meilleurs soins possibles à tous leurs patients. Ils ont travaillé sans relâche, mettant leurs vies en danger pour réconforter nos parents âgés et les membres de nos familles lors de leurs derniers moments de vie. Malheureusement, je ne pouvais pas être aux côtés de ma mère lors de ses derniers moments, mais les infirmières et la Dre Nathalie Caire Fon, en mon absence, ont tout mis en œuvre pour offrir confort et soulagement à ma mère. 

Je n’aurais pas pu être mieux rassurée que n’importe qui d’autre dans une telle situation.

La Dre Caire Fon m’a guidée à travers les phases de cette terrible maladie et a continuellement exprimé sa confiance totale dans les capacités et les connaissances de son personnel infirmier. En fait, pendant les trois années que ma mère a passées dans cette institution, je n’ai que des éloges pour les soins qui lui ont été prodigués.

Un système efficace

En tant que diplômée en médecine de l’Université de Montréal et médecin pratiquant en Californie, en plus d’avoir été la seule aidante de ma mère depuis de nombreuses années, je suis en mesure de faire objectivement ma propre évaluation concernant le système de santé au Québec. Le rapport coût-bénéfice est imbattable. Vous n’avez pas à défrayer de votre poche des frais exorbitants pour vous faire soigner, et si vous devenez chômeur, comme 20 à 30 % des Nord-Américains en ce moment, vous ne perdez pas votre assurance maladie comme c’est le cas de nombreux travailleurs ici.

Contrairement à ce que croient la plupart des Américains, les listes d’attente au Québec se sont bien améliorées et votre opération de la cataracte ou le remplacement de votre hanche sera effectué en temps opportun.

Il n’est pas surprenant de constater que l’espérance de vie des Canadiens est supérieure à l’espérance de vie américaine moyenne.

Dans certains États, les femmes meurent du cancer du sein et du col de l’utérus parce que les frottis cervico-utérins (tests utilisés pour détecter un cancer du col de l’utérus) ainsi que les mammographies ne sont pas couverts par l’assurance. On pense toujours que c’est plus vert de l’autre côté de la clôture, mais c’est loin d’être le cas.

En conclusion, je voudrais terminer avec une citation de Margaret Mead que je vous traduis bien librement : « Ne doutez jamais que quelques personnes attentionnées ne peuvent changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé. »

Aux infirmières et aux médecins du Pavillon Alfred-Desrochers, j’offre ma profonde gratitude et toute ma reconnaissance pour leur dévouement et leur professionnalisme.