Alors que le monde entier subit les conséquences tragiques de la pandémie de COVID-19, les mesures pour contenir le virus portent un coup dur à toutes les économies. Les pays producteurs de matières premières, comme le Canada, sont particulièrement touchés. Notre économie était solide au départ, mais elle connaît maintenant la contraction la plus forte de son histoire.

Stephen S. Poloz Stephen S. Poloz
Gouverneur de la Banque du Canada

Plus tôt cette semaine, la Banque du Canada a publié la livraison trimestrielle du Rapport sur la politique monétaire.* Au lieu des prévisions détaillées habituelles sur l’économie et l’inflation, on y présente deux scénarios plausibles de l’évolution du ralentissement économique et de la reprise qui suivra. Vu l’incertitude extrême quant à la durée des mesures de confinement, des prévisions chiffrées auraient constitué de l’information faussement précise. 

Force est d’admettre que la Banque ne peut pas tout prévoir. Mais une chose est sûre : la contraction de l’économie sera temporaire. Rien ne sert de comparer la situation actuelle à la crise financière mondiale ou à la Grande Dépression. Il faut voir ce qui se passe en ce moment comme une catastrophe naturelle et mettre l’économie sur pause jusqu’à ce que la situation soit maîtrisée. Quand il n’y aura plus de danger, la vie pourra reprendre son cours petit à petit. 

Personne ne sait encore combien de temps la pause durera ou comment les choses recommenceront à bouger. Tout cela dépendra de nos efforts collectifs pour « aplatir la courbe ». Notre succès dépend d’abord du respect de la distanciation physique. Il repose aussi sur le soutien critique des professionnels de la santé, qui se dévouent sans compter avec un courage admirable. C’est la moindre des choses de faire tout notre possible pour alléger leur fardeau. 

Plus la pause sera longue, plus il faudra mettre d’énergie à réparer l’économie par la suite.

À l’heure actuelle, un scénario optimiste où l’économie reprendrait bien pendant l’été est encore plausible.

Les pouvoirs publics travaillent fort pour nous rapprocher de cette possibilité. 

Les autorités économiques ont un rôle important à jouer : aider les familles et les entreprises du pays à traverser cette période où tout est à l’arrêt et à se préparer pour la reprise économique. En soutenant les gens dès maintenant et en préparant le terrain pour la reprise, nous mettons toutes les chances de notre côté pour que les activités reprennent rondement par la suite. 

Des mesures favorables à l’économie

Les actions percutantes et la souplesse des gouvernements fédéral et provinciaux ont été déterminantes jusqu’ici. Fait important, les mesures adoptées ont été pensées pour qu’on puisse les adapter en fonction des répercussions de la pandémie sur l’économie. Les subventions salariales, par exemple, aideront à maintenir les liens entre employeurs et employés pour assurer une reprise aussi robuste que possible. 

Divers organismes fédéraux complètent ces efforts par des programmes qui visent à assurer la disponibilité du crédit aux entreprises. Les grandes banques canadiennes jouent un rôle important dans l’exécution de ces programmes, ce qui leur permet de maintenir les relations établies avec la clientèle. Elles offrent aussi des taux d’intérêt réduits sur les cartes de crédit et la possibilité de reporter les versements hypothécaires. 

Pour sa part, la Banque a rapidement abaissé les taux d’intérêt à leur plus bas niveau possible. De nombreuses familles pourront ainsi plus facilement payer leur hypothèque, obtenir plus de crédit ou se procurer l’indispensable. Cette baisse aidera aussi les entreprises à survivre et à garder leurs précieux employés. 

Mais pour que les bas taux d’intérêt soient efficaces, le système financier doit bien fonctionner. Notre tâche la plus importante à la Banque consiste à nous en assurer. 

En période de forte incertitude, les marchés ont tendance à se gripper, ce qui peut donner lieu à une pénurie de crédit. Nous avons pris des mesures pour débloquer les principaux canaux de crédit, injectant plus de 200 milliards de dollars de liquidités, soit environ 10 % du PIB canadien. Comme je l’ai dit récemment, personne n’a jamais accusé les pompiers d’utiliser trop d’eau. Quand le système a besoin de liquidités, la banque centrale doit en fournir. Lorsque les tensions financières se seront atténuées, les besoins de liquidités diminueront, et nous pourrons alléger notre bilan au fil du temps. 

Nous poursuivrons ces programmes, car ils portent leurs fruits : les canaux de crédit sont moins obstrués et le fonctionnement global de notre système financier s’est amélioré. Comme l’économie n’a jamais connu un tel choc, une riposte sans précédent s’impose. La Banque du Canada fera le nécessaire pour soutenir le système financier et l’économie, et pour préparer la croissance économique future. 

Je suis convaincu que les mesures prises par la Banque, d’autres organismes publics et les administrations à l’échelle du pays nous aideront à relever ce défi. Toutefois, ce sont surtout l’ardeur au travail et l’ingéniosité caractérisant l’esprit des gens de chez nous qui m’inspirent confiance. Les deux se sont largement manifestées pendant la crise, notamment par toutes sortes d’innovations dans nos manières de travailler, de magasiner et d’interagir. À l’issue de cette crise, je m’attends donc à ce que l’économie canadienne soit plus résiliente que jamais.