Quatre médecins réagissent à l’appel du premier ministre Legault aux médecins spécialistes, à qui il demande d’aller prêter main-forte dans les CHSLD. Deuxième texte.

Claude Poirier Claude Poirier
Médecin

Le premier ministre a annoncé mercredi avoir négocié une entente avec les médecins spécialistes pour que ceux-ci aillent travailler comme infirmiers ou préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD. Lors de la période de questions qui a suivi sa présentation, on a pu être témoin de son improvisation lorsqu’il avait à répondre aux questions des journalistes sur la question de la rémunération des médecins spécialistes pour accomplir ces tâches. 

C’est probablement la première fois dans toute cette crise que notre premier ministre fait une grossière erreur. Il a approuvé le fait qu’à cause de la situation exceptionnelle que nous vivons actuellement, il est prêt à offrir aux médecins spécialistes une rémunération équivalente à celle qu’ils auraient reçue s’ils travaillaient en clinique. 

C’est justement le fait que nous vivons une situation exceptionnelle qui ne justifie pas que les médecins doivent gagner la même rémunération que normalement.

Comment, en effet, justifier qu’un médecin spécialiste qui daignera se porter volontaire pour travailler dans un CHSLD gagne 211 $ de l’heure pour effectuer ses tâches lorsque la préposée qui effectue les mêmes tâches gagne 16 $ de l’heure ? 

Non seulement notre premier ministre devra reculer sur ce point, car je suis certain que ça ne passera pas auprès des autres syndicats ou même dans la population, mais le véritable scandale est que nous avons compris, par l’intervention de la ministre de la Santé, Danielle McCann, que leur syndicat a négocié, pour ces trois ou quatre semaines où tout le Québec vit un drame atroce et pénible, une entente pour que les médecins soient rémunérés au même taux que s’ils pratiquaient la médecine. 

Les médecins spécialistes commençaient à regagner la sympathie du public avec tous les actes et sacrifices qu’ils accomplissent actuellement dans leurs fonctions, autant en risquant leur vie, à l’instar de tout le personnel qui travaille dans les hôpitaux, qu’en ayant accepté de libérer des lits pour faire de la place aux patients atteints de la COVID-19, se privant ainsi d’une rémunération importante. 

Je ne comprends pas comment il se fait qu’à chaque fois qu’il est question de la participation de la médecine spécialisée dans une quelconque sphère du secteur des soins et services de santé, cela doive passer par leur syndicat et doive être rémunéré. Je ne comprends pas que les médecins spécialistes qui ont des mamans, des papas, des grands-mamans, des grands-papas dans ces centres de soins ne se soient pas offerts bénévolement pour s’occuper des personnes âgées et de leurs proches en même temps. Pourquoi la médecine a-t-elle perdu de son aura de sacrifices, d’empathie et de soins pour en arriver à un appareil où chaque acte doit être payé, qu’il soit clinique ou non clinique ? 

En somme, pourquoi la médecine est-elle devenue une machine à imprimer de l’argent ? 

Encore une fois, les médecins ont perdu une bonne occasion de faire un geste qui, pour peu, aurait augmenté énormément leur capital de sympathie auprès de la population. J’espère seulement que la majorité d’entre eux décidera de se porter volontaire et ne demandera pas de recevoir la rémunération négociée. C’est ce qu’il faut qu’ils fassent.