Au Québec comme au Canada et partout dans le monde, les gens meurent. C’est la vie.

Marcel Boyer Marcel Boyer
Professeur émérite de sciences économiques, Université de Montréal, et fellow du CIRANO

En 2018, 283 706 Canadiens nous ont quittés. Au Québec, c’est 67 216 personnes (23,7 % du total canadien). Aux États-Unis, 2 712 630. En France, 614 138.

Des 283 706 Canadiens morts en 2018, 245 640 avaient 60 ans et plus (86,6 % du total), dont 205 409 avaient 70 ans et plus (72,5 % du total). En comparaison, 4613 avaient entre 1 et 30 ans.

Des 67 216 Québécois morts en 2018, 60 729 avaient 60 ans et plus (90,3 % du total) dont 51 244 avaient 70 ans et plus (76,2 % du total). En comparaison, 537 avaient entre 1 et 30 ans.

La population du Québec est plus vieille que celle du reste du Canada en raison surtout du nombre relativement faible de jeunes (moins de 30 ans) au Québec.

En temps normal, le Québec compte parmi les 60 ans et plus 1168 décès par semaine ou 5061 décès par mois.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, moins de 2 % des 60 ans et plus vivent en CHSLD. La proportion des personnes aux poumons fragiles est élevée chez les 60 ans et plus et particulièrement élevée dans les CHSLD. Dans les CHSLD de Montréal, la durée de séjour serait inférieure à 18 mois et le nombre de morts serait entre 30 et 50 % par an.

En date du 14 avril, le Québec compte 435 morts dus à la COVID-19 et le reste du Canada 489, pratiquement tous de 60 ans et plus. Le ratio du nombre de morts dus à la COVID-19 sur le nombre total habituel de morts par an est donc pour le moment de moins de 1 %, plus précisément de 0,65 % au Québec et de 0,23 % dans le reste du Canada.

Selon les prévisions de l’Agence de la santé publique du Canada, il pourrait y avoir entre 11 000 et 22 000 morts dues à la COVID-19 d’ici la fin de la pandémie si on maintient un contrôle strict et sévère de sa propagation, comparativement à des prévisions de 330 000 morts avec 75 % de la population canadienne infectée en l’absence de tout contrôle. Cette dernière estimation est nettement plus spéculative que la première, qui apparaît mieux appuyée sur les données des autres pays, en particulier ceux nous ayant devancés dans le développement de la pandémie.

On parlerait donc de 2475 à 4950 morts au Québec (22,5 % du total) sous un contrôle sévère, bien que le Québec soit aujourd’hui bien « en avance » avec 47 % des morts au Canada. Les 2475 à 4950 morts prévues avec un contrôle sévère représentent 7,4 % et 14,3 % des morts habituelles en six mois ou 3,7 % et 7,2 % des morts annuelles habituelles.

Ce ne sont pas là les morts nettes, car il faudrait retrancher des prévisions les décès qui auraient eu lieu normalement. Ce ne sont pas non plus les morts évitées, car pour les obtenir, il faudrait prendre la différence entre le nombre net de morts prévu sans contrôle (une estimation très spéculative) et le nombre net de morts prévu avec un contrôle sévère.

Si on connaissait ces nombres nets, on pourrait mieux comprendre l’impact de la COVID-19 sur le nombre de morts avec et sans les mesures de contrôle mises en place.

Quels sont ces nombres de morts nets ? Peut-être que le Dr Arruda ou la Dre Tam, leurs démographes et leurs épidémiologistes pourraient répondre à cette question.

Considérant les énormes coûts socioéconomiques encourus et les grandes peines imposées aux malades et à leurs familles en ces temps de confinement strict, obtenir une réponse rigoureuse n’est pas sans intérêt. Et les bonnes réponses doivent toujours être exprimées en termes nets et en termes relatifs. Le leadership doit passer par la bonne information.

Les bons mots, c’est bien. Les bonnes données, c’est mieux.