Maintenant que les États-Unis se trouvent frappés de plein fouet par la pandémie du coronavirus avec plus de 300 000 Américains infectés et près de 10 000 morts, plusieurs questions se posent sur la capacité de cette grande puissance à faire face aux défis à venir.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

L’épicentre de la crise de la COVID-19 en Amérique du Nord se situe présentement dans l’État voisin du Québec et sa métropole, New York. Les propos récents du président Trump et de son administration, de même que de certains gouverneurs d’État, laissent présager un portrait encore plus inquiétant pour les semaines à venir, et ce, pour l’ensemble du pays.

Cette crise mondiale de santé publique est aussi devenue la plus sérieuse menace à l’économie américaine depuis la Grande Dépression des années 30. Plus de 10 millions d’emplois ont été perdus sur le sol américain en mars et les prévisions pour le mois d’avril s’annoncent encore pires.

Pendant ce temps, l’administration Trump semble incapable de répondre avec efficacité et cohérence aux demandes des gouverneurs des États et des maires des villes touchés par la crise.

Le manque criant d’équipement, des ressources humaines surmenées, les différends entre les deux ordres de gouvernement… sont devenus la marque de commerce du président dans sa gestion de crise.

Heureusement, le Congrès américain a pu adopter des mesures et un stimulus de plus de 2000 milliards de dollars pour pallier les problèmes économiques grandissants. Cela s’est fait de façon bipartisane. Et depuis quelques jours, les relations entre le gouvernement fédéral et les États semblent s’être améliorées.

Reste que le président Trump n’a pas pris les indices prépandémie au sérieux, laissant entendre que le problème n’était que passager, et que la stabilité des marchés boursiers était plus importante que la santé de sa population. Aujourd’hui, les Américains en paient le prix.

Cela étant, le temps des bilans et de la distribution des blâmes et des bons coups viendra assez rapidement.

Le contexte politique

En toile de fond à cette crise : l’élection présidentielle du 3 novembre. Déjà la campagne électorale s’est grandement transformée. Les démocrates, avec Joe Biden en avance sur son adversaire Bernie Sanders, poursuivent leur course de façon virtuelle. Ce qui n’aide pas à leur visibilité et à leur influence dans la gestion de la pandémie.

Le président Trump, qui minimisait la menace du coronavirus au départ, se livre maintenant à des points de presse quotidiens.

Au-delà des informations nécessaires qu’il partage avec ses concitoyens, il profite de ces prestations médiatiques pour défendre ses décisions antérieures et pour régler ses comptes avec certains journalistes qu’il juge trop critiques à son égard et envers ses politiques.

Trump y va aussi d’affirmations qui ne font qu’ajouter de la confusion aux messages livrés par les autorités médicales qui l’entourent, comme le réputé Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses.

Alors qu’il se décrit maintenant comme un « président en temps de guerre » (wartime president), il fait des gestes qui suscitent des réactions négatives de certains gouverneurs, mais laissent aussi perplexes des pays alliés comme le Canada et d’autres de l’Union européenne.

La nature de cette crise et sa gestion déteignent de façon négative sur le leadership américain à l’échelle internationale. On fait état du « retrait » ou du déclin du leadership américain. L’Amérique aura donc à faire face à un débat fondamental dans les prochains mois : que sera le leadership américain sur le plan global dans l’ère post-coronavirus et comment va-t-il se définir ?

Le vrai débat

Depuis la Grande Dépression, les Américains, sous la direction de différents présidents à commencer par Franklin D. Roosevelt, ont répondu avec courage, innovation et détermination aux différents défis mondiaux.

Qu’il s’agisse d’enjeux de justice sociale ou économique, du rôle grandissant de la coopération internationale et de la dynamique de reconstruction post-Seconde Guerre mondiale, ce grand pays a toujours répondu « présent » à l’appel.

Durant la période post-Seconde Guerre mondiale, plusieurs institutions ont vu le jour grâce au leadership américain.

On n’a qu’à penser à l’Organisation des Nations unies (ONU), à l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT et OMC) et à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). C’est sans compter son implication déterminante dans le contrôle des armes nucléaires, la lutte contre le terrorisme, la gestion de l’environnement, les ententes commerciales, le G7 et le G20.

Aujourd’hui, des observateurs aguerris, comme le réputé Nicholas Burns de l’école John F. Kennedy de l’Université Harvard, pressent la classe politique américaine de reprendre son rôle de leader sur le plan mondial. Ils reprochent à l’administration Trump de contribuer au déclin du leadership américain avec ses remises en question constantes des organisations internationales vouées à trouver des solutions sur le plan mondial.

Certes, l’« hypermondialisation » des dernières années sera revisitée lors des débats post-COVID-19. Mais reste que les pandémies, tout comme les changements climatiques, n’ont pas de frontière ni de pays.

Même si la Chine (pourtant loin d’être un modèle de leadership mondial) répond en ce moment aux besoins en équipements médicaux de l’Europe et de l’Amérique du Nord, l’histoire nous démontre que ce sont les États-Unis qui demeurent l’acteur-clé pour faire face aux grands défis mondiaux depuis près d’un siècle.

Le monde ne peut pas se priver de l’engagement américain. Il faut donc passer de l’America First de Trump à l’America Together de Franklin D. Roosevelt et de ses successeurs.

Reste à voir si la prochaine campagne présidentielle lancera le débat sur l’Amérique de l’avenir.