Qui a dit que la vie, c’est ce qui se passe pendant qu’on est en train de planifier autre chose ? Que le malheur n’arrive pas toujours du côté où on l’attend…

Christian Dufour
Christian Dufour Collaboration spéciale

Depuis la Seconde Guerre mondiale, cet autre cataclysme à l’échelle de la planète à laquelle la chancelière allemande Angela Merkel a comparé la crise de la COVID-19, l’humanité a tout d’abord craint l’holocauste nucléaire puis, récemment, le réchauffement climatique.

PHOTO EDUARD KORNIYENKO, REUTERS

Des spécialistes vêtus de combinaisons protectrices traversent une rue de Stavropol, ville russe située au pied des montagnes du Caucase, alors qu’ils travaillent à désinfecter des installations publiques afin de prévenir la propagation de la COVID-19, le 1er avril. Le coronavirus affectant la planète entière, la mondialisation n’a jamais été aussi réelle qu’aujourd’hui, souligne l’auteur de ce texte.

C’est un vulgaire virus, pas le plus dangereux ni le plus contagieux des virus, qui l’a mise à genoux en quatre jours il y a deux semaines.

Seconde Guerre mondiale

De la peste au choléra en passant par la grippe espagnole, des épidémies autrement plus graves, on en a connu de nombreuses. Des dépressions économiques, on en a vécu également plusieurs, l’Allemagne et le Japon redevenant prospères peu d’années après les dévastations de la dernière guerre.

La COVID-19 et la crise économique passeront. Mais ce qui ne passera pas de sitôt, c’est la nouvelle vulnérabilité de l’humanité mondialisée qui résulte en partie de la révolution numérique.

Il est désormais clair que cette dernière fausse le rapport avec un réel qui est en train de réaffirmer sa primauté face à un fantasme de toute-puissance de l’être humain qui était en train de se convaincre que ne comptait désormais plus que la séduisante réalité virtuelle sous son contrôle.

Il se pourrait bien que la crise actuelle soit le début d’une nouvelle mutation de l’humanité comme on n’en a pas vu depuis trois quarts de siècle, cette Seconde Guerre mondiale qui s’était terminée en 1945 sur l’abaissement de l’Europe au profit des États-Unis et l’accentuation de la mondialisation.

Cent ans auparavant, la tourmente de la Révolution française et des guerres napoléoniennes (1789-1815) avait laborieusement accouché de la modernité lors de la révolution industrielle.

Un mot sur cette mondialisation dont certains nous annoncent déjà la fin et dont on peut faire remonter les débuts à la « découverte » de l’Amérique en 1492, suivie de la mise en place du triangle Europe-Afrique-Amérique assurant la traite des esclaves.

La réalité est que, pour la première fois de l’histoire, tous les êtres humains sont affectés en même temps par la même chose sur la planète.

La réalité est que la mondialisation n’a jamais été aussi réelle que maintenant.

Une preuve parmi d’autres en est que presque toutes les sociétés, qu’elles soient développées ou non, ont adopté la même stratégie « compatissante » dans la crise de la COVID-19. Pour limiter le nombre de morts, on a privilégié le confinement massif des populations de tous âges, quitte à payer un coût économique très élevé.

Pratiquement aucune nation n’a adopté la solution d’inspiration darwiniste un moment envisagée par le Royaume-Uni et les Pays-Bas et qui aurait sans doute prévalu autrefois : laisser le virus infecter les plus jeunes, dont il ne menace pas la vie, faisant le deuil de certaines personnes plus âgées, souvent déjà malades.

Libertés menacées

En réaction aux dysfonctionnements révélés par la crise – que l’on pense au dogmatique refus de Justin Trudeau et d’Emmanuel Macron de fermer les frontières au détriment de leur population –, aux systématiques mensonges du pouvoir chinois de même qu’au populisme débilitant de Donald Trump, il faut s’attendre à la remise en cause de certains éléments associés à une mondialisation qui ne disparaîtra pas pour autant.

Un objectif sera de redéployer cette dernière de façon plus réaliste, en tenant davantage compte de l’incontournable interaction entre les identités nationales enracinées qui perdureront et les nouvelles valeurs universelles. On ne pleurera pas longtemps le multiculturalisme canadien sans limites.

Il sera difficile de revitaliser un système onusien qui a perdu beaucoup de crédibilité, à l’instar de ce pouvoir américain important pour ceux qui croient à la liberté et à la démocratie.

Nos sociétés seront-elles dans les nouveaux gagnants ou les nouveaux perdants ? Comment s’assurer que la compétition entre les visions américaine et chinoise de l’avenir ne dégénère pas en tragédie, gardant en mémoire que la guerre a accompagné les mutations de l’humanité antérieures ?

La santé publique et l’économie devraient se rétablir, mais il est moins sûr qu’il en ira de même pour certaines libertés perdues. Ce sont en effet les régimes paternalistes comme Singapour, au pire la Chine liberticide, qui donnent le ton dans cette affaire.

Il est actuellement tentant de faire tout ce qu’il est techniquement possible de faire pour éviter le pire. Signe des temps, sont mises à la disposition des gouvernements européens les données des téléphones cellulaires permettant de vérifier si le confinement est respecté.

Espérons que, comme François Legault jusqu’à présent, nos gouvernants resteront sensibles au fait qu’il faut limiter au minimum les libertés dont jouissent les citoyens si l’on ne veut pas que le temporaire en ce domaine devienne permanent, comme cela est souvent arrivé dans le passé.

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