Mon confinement à la maison, en tant qu’enseignante québécoise et en tant que citoyenne d’une planète assiégée par le coronavirus, me laisse amplement le temps de réfléchir. Je n’en suis pas à ma première fermeture d’école causée par une situation d’urgence nationale. J’ai vécu la grève générale au Venezuela sous Hugo Chavez et la crise du H1N1 en 2009 en Chine. Je vis maintenant ma première crise planétaire.

Maude Boyer  Maude Boyer 
Ex-enseignante à l’international

Je suis abasourdie de constater qu’il n’y a actuellement aucune mesure prise par le ministère de l’Éducation afin d’offrir une méthode alternative d’enseignement dans nos écoles publiques québécoises. Comment se fait-il qu’une société créatrice, progressiste et pragmatique comme la nôtre accuse un tel retard en enseignement numérique et ne fait preuve d’aucune initiative pour s’adapter à la pandémie actuelle ?

La grève générale au Venezuela en 2002-2003

Venezuela. Décembre 2002. J’enseigne le français depuis six mois au Colegio Internacional de Caracas. Je m’habitue aux concerts assourdissants de casseroles que nous martèlent, chaque soir, les opposants au régime de Hugo Chavez. Je m’habitue un peu moins aux rues bloquées par les barricades de pneus en flammes, aux manifestations qui divisent le pays et au chaos qui s’installe. Puis survient la grève générale. Les rues deviennent dangereusement calmes. Les supermarchés n’ouvrent qu’à des heures restreintes. La sécurité est de plus en plus précaire et l’insécurité de plus en plus généralisée. Certaines familles quittent le pays. L’école ferme ses portes. Je m’envole vers des cieux plus cléments.

Encore le Venezuela. Fin janvier 2003. L’école est toujours fermée, les profs et les élèves sont disséminés à travers le monde. Un courriel de notre aguerri directeur américain au nom vénérable de Winthrop (mais que l’on surnomme affectueusement Win) propose aux enseignants expatriés de revenir à Caracas malgré la grève générale qui paralyse le pays. Ensemble, nous essaierons de trouver de nouvelles façons de transmettre la matière aux élèves. Nous ne sommes ni à l’ère de Skype ni même à celle de Facebook, encore moins à celle de Google classroom. Que ce soit par l’affichage des travaux dans le site de l’école, le suivi par courriel ou même les appels téléphoniques, le lien est soutenu entre les enseignants et les élèves. Ce lien doit survivre. Un semblant de routine et de normalité est nécessaire. Lentement, la vie reprend son cours et, graduellement, les élèves reviennent au pays, cachant mal leur joie de retourner à l’école. Win a gagné son pari.

Le H1N1 en Chine en 2009

Chine. Septembre 2009. J’enseigne depuis un mois dans une école internationale à Pékin (Beijing). Le mot d’ordre est Managebac. Nous utilisons cette plateforme d’apprentissage en ligne qui nous sert dans la banalité du quotidien et qui peut aussi nous servir lors des périodes de turbulence. Périodes de turbulence ? Oui, et mieux vaut les anticiper.

Après tout, les catastrophes naturelles et les événements en dehors de notre contrôle existent. Un plan B s’avère toujours utile. L’école simule des cours où les élèves restent à la maison et les enseignants mettent en pratique ce nouvel outil numérique.

Encore la Chine. Novembre 2009. Grippe H1N1. Nous affrontons le virus derrière les écrans de nos ordinateurs. Plusieurs élèves répondent à l’appel et nous transmettent leurs travaux en ligne. Ceux ayant l’habitude de les remettre en retard ou de ne pas les faire du tout sont fidèles à eux-mêmes. La vie a repris son cours. L’école est redevenue l’école.

Le coronavirus au Québec en 2020–...

Québec. Le 12 mars 2020. Les écoles du Québec ferment leurs portes. Le coronavirus est parmi nous. Le mot d’ordre est de rester chez soi.

Encore au Québec. Le 17 mars 2020. Les autorités gouvernementales nous informent que « pour l’instant le réseau scolaire ne prépare pas pour le moment de plan pour enseigner aux élèves à la maison ». Malgré ma sincère gratitude envers M. Legault et son équipe quant à la gestion admirable de cette pandémie, je reste perplexe. Nous savons que ce virus va priver les élèves de ce besoin essentiel qu’est l’accès à l’éducation et cela beaucoup plus longtemps que prévu. Et si on profitait de cette crise pour effectuer un virage technologique ? Après tout, nous sommes au XXIe siècle depuis 20 ans déjà...

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