Le gouvernement du Québec déposera sous peu son plan climat qui définira l’action du Québec face à la crise climatique pour les 10 prochaines années.

Colleen Thorpe Colleen Thorpe
Directrice générale d’Équiterre, et cinq autres signataires*

Ce plan, attendu depuis le printemps dernier, a été conçu au moyen d’un vaste chantier de consultation de différents secteurs de la société québécoise et de la création de cinq groupes de travail composés d’experts, de jeunes et de représentants de la société civile.

Mais pourquoi donc avons-nous besoin d’un plan climat ?

Nous sommes d’avis qu’un plan climat doit répondre à un objectif fondamental : assurer la sécurité de tous les citoyens.

Restreindre l’augmentation de la température en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre (GES) a effectivement pour but de nous protéger contre l’intensité et la fréquence grandissantes des évènements climatiques extrêmes.

Au-delà de 1,5 °C, les températures extrêmement chaudes comme les canicules de l’été 2018, qui ont tué 42 personnes au Québec, deviendront plus fréquentes et plus intenses. L’augmentation de la sévérité des vagues de chaleur contribuera à augmenter les risques de sécheresse, ce qui aura notamment un impact sur nos capacités de production agricole et donc sur notre sécurité alimentaire.

L’augmentation de la température touchera également toutes les collectivités côtières et riveraines, et elles sont nombreuses au Québec. En effet, des précipitations plus intenses – particulièrement en hiver – augmentent le risque d’inondations sur le territoire. De plus, une fonte des glaces plus tôt dans l’année amène un ruissellement plus faible en été. Finalement, l’érosion accélérée menace l’existence même de collectivités comme les Îles-de-la-Madeleine.

Bâtir la résilience

La sécurité de la population nécessite des investissements et des choix politiques pour bâtir la résilience des collectivités touchées par les changements climatiques.

Par exemple, ces investissements et ces choix politiques doivent nous permettre de nous adapter aux grandes marées plus destructrices. Ils vont également être nécessaires pour faire face à la propagation de nouvelles maladies, comme nous l’avons vu avec la rapide émergence de la maladie de Lyme, liée aux modifications des écosystèmes en lien avec les changements climatiques.

Les bouleversements qui accompagnent les changements climatiques nous forcent donc à mieux planifier l’aménagement de notre territoire, nos modes de vie et de faire les choix collectifs qui vont refléter l’urgence d’agir et la nécessité de nous adapter.

Nous sommes conscients que les politiques d’atténuation et de résilience ont un coût, mais ce coût est moindre que celui qui serait engendré par les conséquences de notre inaction.

En mettant de l’avant un plan ambitieux et rigoureux, qui nous permettra de décarboniser, le plus rapidement possible, l’économie du Québec, le gouvernement répondra à une mission bien simple : protéger les Québécois et leurs milieux de vie. Nous avons bon espoir qu’un plan d’électrification et de changements climatiques qui mettra de l’avant les recommandations des groupes de travail répondra à cet impératif.

La crise climatique change l’ordre de nos priorités. Pour assurer la sécurité des Québécois, nous ne pouvons plus nous contenter de verdir le développement économique. Nos opportunités économiques doivent désormais s’arrimer à nos obligations environnementales, lesquelles doivent être prioritaires pour assurer la sécurité et bâtir la résilience du Québec.

* Signataires : Colombe St-Pierre, chef-propriétaire du restaurant Chez St-Pierre; Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec; Marie-Eve Brunet Kitchen, directrice générale de la Fédération québécoise des organismes communautaires famille (FQOCF); Lydie Olga Ntap, avocate, muséologue et fondatrice du Musée de la femme (Women’s Museum Canada); Marie-Andrée Gauthier, coordonnatrice générale du Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec