Une pétition cherche à influencer. Elle rassemble au bas d’un texte les noms de gens mus par une cause. La signer est souvent un geste courageux, car la pétition engage et, dans certains pays, elle peut se révéler coûteuse pour certains signataires.

Jocelyn Coulon
Jocelyn Coulon Collaboration spéciale

Mais il y a des pétitions aussi inutiles que révélatrices. C’est de celles-là que je veux vous parler.

La semaine dernière, les deux grands quotidiens français, Le Monde et Le Figaro, ont publié chacun une pétition sur un problème au Proche-Orient. Jusqu’ici, rien de neuf. Les questions qui agitent cette région du monde sont certainement celles qui font le plus couler d’encre depuis des décennies.

L’intérêt de ces pétitions est ailleurs : il est dans la qualité de leurs signataires et le cynisme de leur geste.

Guerre en Syrie

La situation en Syrie a suscité la première pétition, publiée dans Le Monde. Elle est signée par 14 ministres des Affaires étrangères de pays membres de l’Union européenne et appelle « le régime syrien et ses soutiens, notamment russes, à la cessation immédiate des hostilités » à Idlib, province syrienne où se joue une énième catastrophe pour l’humanité dans cette guerre qui dure depuis plus de 10 ans.

Après avoir souligné que seule une solution politique négociée pourra mettre fin durablement à la crise syrienne, les signataires, dont les ministres français, allemand et italien, réaffirment aussi leur volonté de lutter contre l’impunité pour les crimes commis en Syrie, une menace indirecte contre les dirigeants et responsables russes, iraniens et syriens.

La Syrie souffre et on voudrait bien que toute l’histoire de cette souffrance soit convenablement racontée. Or, ces ministres ont la mémoire sélective. Ils racontent les évènements actuels en oubliant la profondeur historique de ce conflit et le jeu vicieux que certains des pays qu’ils représentent et leurs alliés proche-orientaux ont joué et continuent de jouer dans ce drame.

Dès le début de ce conflit, les Européens étaient persuadés que Bachar al-Assad tomberait comme un fruit mûr. 

Ils ont donc peu fait pour soutenir les négociations et ont appuyé le régime terroriste saoudien afin qu’il fournisse armes et argent aux « rebelles » et « djihadistes » syriens. Tout était bloqué, au point qu’en 2012, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie et ancien secrétaire général Kofi Annan a démissionné en blâmant à mots couverts l’attitude des Occidentaux.

Ce qui le frappait à l’époque, c’est tout ce qui se disait sur la Russie, mais aussi « que peu de choses sont dites à propos des autres pays qui envoient des armes, de l’argent et pèsent sur la situation sur le terrain. Tous ces pays prétendent vouloir une solution pacifique, mais ils prennent des initiatives individuelles et collectives qui minent le sens même des résolutions du Conseil de sécurité ».

Huit ans plus tard, verra-t-on certains responsables occidentaux, turcs et proche-orientaux déférés devant la Cour pénale internationale pour avoir prolongé indûment le conflit et armé le bras des criminels ? Les ministres européens n’en soufflent mot.

Conflit israélo-palestinien

La deuxième pétition, publiée dans Le Figaro, est un classique du genre. Elle porte sur le conflit israélo-palestinien, l’autre plaie ouverte dans cette région, qui mobilise encore une partie de l’opinion publique internationale. La pétition rassemble les signatures de quelque 50 anciens présidents, premiers ministres et ministres des Affaires étrangères, dont le Français Dominique de Villepin, qui avait soulevé les applaudissements du monde lors de son discours contre la guerre en Irak en 2003.

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« Quelle que soit la qualité de leurs signataires, ces pétitions n’auront aucun impact, aucune portée », conclut notre collaborateur.

Ces « ex » dénoncent le plan de paix israélo-palestinien présenté par Donald Trump il y a quelques semaines. Les effets de son adoption, écrivent-ils, seraient néfastes pour la paix dans la région et pour la situation du peuple palestinien dont le futur territoire sera une série d’enclaves « qui évoquent des ressemblances effrayantes avec les bantoustans sud-africains ».

Que proposent les « ex » pour empêcher une telle injustice d’advenir ? Rien de concret. Ils se contentent de demander en urgence à l’Europe de rejeter le plan et de prendre « des mesures immédiates et efficaces » pour en contrer les effets délétères et préserver ainsi « les droits des Palestiniens, l’avenir de la démocratie israélienne et plus largement un ordre international fondé sur des règles ».

Ce qui frappe dans ce texte, c’est le ton impératif utilisé par les signataires envers ceux qui les ont remplacés aux commandes. Il y a là quelque chose de choquant.

Car, après tout, qu’ont fait ces anciens dirigeants lorsque les Palestiniens réclamaient leur aide au moment où ils étaient au pouvoir ?

Quelles « mesures immédiates et efficaces » pour éviter la bantoustanisation de la Palestine (un processus en marche depuis longtemps) ont-ils prises lorsqu’ils en avaient les moyens ?

Ces pétitions résument et incarnent toute la tragédie des relations internationales faite, de cynisme, d’hypocrisie et d’impuissance, feinte ou réelle. Dès lors, quelle que soit la qualité de leurs signataires, elles n’auront aucun impact, aucune portée.

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